Au Gabon, être influenceur devient enfin un vrai métier
Ils alimentent des pages, tournent des vidéos, animent des communautés de milliers d’abonnés, génèrent des revenus publicitaires, mais jusqu’ici, ils n’existaient pas aux yeux de la loi. Avec l’ordonnance n°0012/PR/2026 publiée au Journal Officiel du 8 avril 2026, le Gabon reconnaît officiellement le statut de professionnel de la communication numérique. Une révolution silencieuse pour tout un secteur qui attendait cette légitimité depuis des années. Créateur de contenu, influenceur, blogueur, animateur de page communautaire, ces profils proliféraient au Gabon sans qu’aucun texte ne les reconnaisse, ne les protège, ni ne les encadre. L’ordonnance 0012 y remédie avec une définition claire : est professionnel de la communication numérique toute personne exerçant régulièrement, au sein d’une entreprise de communication ou à titre indépendant, des activités de conception, de création, de rédaction, d’édition et de diffusion de contenus numériques. Mieux encore, le texte prévoit une catégorie d’assimilé, ouverte à toute personne qui, sans être journaliste à titre principal, produit et diffuse des contenus destinés au public. En clair : les influenceurs gabonais ont désormais une case dans la loi. Ce n’est pas un détail, c’est une reconnaissance fondatrice. L’une des dispositions les plus remarquables de ce texte concerne les conditions d’accès au statut. L’article 69 nouveau ouvre la spécialité de professionnel de la communication numérique à toute personne justifiant d’une pratique continue dans les métiers du numérique depuis au moins cinq ans et en tirant l’essentiel de ses revenus, sans exiger de diplôme. Cette approche par l’expérience est un signal fort envoyé aux autodidactes du numérique, nombreux au Gabon, qui ont construit leur audience et leur expertise sans passer par les bancs d’une école de communication. L’État reconnaît leur travail, leur trajectoire, leur valeur économique réelle. La reconnaissance statutaire s’accompagne d’obligations éthiques clairement définies. Les professionnels de la communication numérique sont soumis aux mêmes exigences que les journalistes : respect de la propriété intellectuelle, du droit à l’image, de la vie privée, des bonnes mœurs et de la protection de l’enfance. Ils sont en outre tenus de sécuriser les données qu’ils manipulent, d’identifier clairement leur site et leur hébergeur, et de ne jamais utiliser l’identité d’un tiers sans consentement écrit. Ces obligations ne sont pas des contraintes arbitraires, elles sont le prix de la crédibilité. Un influenceur reconnu par la loi est un influenceur auquel les annonceurs, les partenaires et le public peuvent faire confiance. Au-delà de la reconnaissance symbolique, c’est toute l’économie numérique gabonaise qui sort gagnante de ce texte. En clarifiant les règles du jeu, l’ordonnance crée les conditions d’un marché plus sain et plus attractif. Les annonceurs savent désormais à qui ils confient leur image. Les créateurs de contenu peuvent négocier leurs partenariats avec un statut légal en poche. Les jeunes Gabonais qui hésitaient à se lancer professionnellement dans le numérique disposent d’un cadre rassurant. Dans un pays où la jeunesse est nombreuse, connectée et créative, cette loi transforme un potentiel informel en filière économique structurée, avec tout ce que cela implique en termes d’emplois, de revenus et de rayonnement culturel.
Majorité numérique à 16 ans au Gabon : l’État encadre enfin l’espace numérique
Avec la publication de l’ordonnance n°0011/PR/2026 au Journal Officiel, le Gabon fixe désormais la majorité numérique à 16 ans. Concrètement, les mineurs ne peuvent plus créer librement de comptes sur les réseaux sociaux et plateformes numériques. L’objectif affiché est clair : mettre fin à l’exposition précoce des enfants à des contenus violents, inadaptés ou à des interactions dangereuses, dans un environnement jusque-là largement laissé à l’auto-régulation des plateformes. Désormais, la responsabilité repose d’abord sur les plateformes numériques. Elles doivent mettre en place des systèmes fiables de vérification de l’âge et bloquer automatiquement les comptes identifiés comme appartenant à des mineurs de moins de 16 ans. Les algorithmes de recommandation de contenus sensibles sont encadrés, et toute possibilité de contact non contrôlé avec des mineurs doit être désactivée par défaut. La Haute Autorité de la Communication est chargée de superviser et d’auditer ces dispositifs, avec des obligations de transparence régulières imposées aux opérateurs. Les parents sont également replacés au centre du dispositif. La loi leur attribue une responsabilité juridique sur les usages numériques de leurs enfants, tout en leur donnant de nouveaux droits, notamment celui de demander l’effacement des données personnelles de leurs enfants auprès des plateformes. L’objectif est de renforcer leur capacité d’action face à un environnement numérique souvent difficile à contrôler, tout en les impliquant davantage dans la supervision de l’activité en ligne des mineurs. Le texte renforce aussi la lutte contre le cyberharcèlement et encadre plus strictement les contenus sensibles. Les plateformes doivent désormais traiter tout signalement impliquant un mineur dans un délai de 24 à 72 heures, sous peine de sanctions. L’accès aux contenus pornographiques est également soumis à une vérification d’âge réelle et obligatoire, et non plus à une simple déclaration. Une exception est toutefois prévue pour les contenus éducatifs et les usages pédagogiques encadrés, afin de préserver l’accès des jeunes à la connaissance. En rejoignant un mouvement international de régulation des usages numériques des mineurs, le Gabon se positionne parmi les pays les plus stricts en matière de protection en ligne des enfants. Les plateformes disposent d’un délai de douze mois pour se conformer aux nouvelles exigences techniques. Au-delà de la contrainte, l’État affirme une volonté : reprendre le contrôle d’un espace numérique devenu central dans la vie des enfants, afin d’en faire un environnement plus sûr, plus encadré et plus responsable.
« Je dédie cet ultime mandat à Ali Bongo » : quatre ans après, Pierre Alain Mounguengui renie-t-il sa propre promesse ?
En avril 2022, au terme d’un scrutin disputé, Pierre Alain Mounguengui accédait une nouvelle fois à la tête de la Fédération gabonaise de football avec, dans ses mots, une solennité presque testamentaire. Quatre ans plus tard, alors qu’il se porte candidat à sa propre succession pour l’élection du 18 avril, une question s’impose avec acuité dans les milieux sportifs comme dans l’opinion : l’homme fort du football gabonais est-il en train de renier sa parole ? À l’époque, fraîchement réélu après un bras de fer face à cinq adversaires, l’ancien arbitre international prenait soin de baliser l’horizon de son mandat. « Je dédie cet ultime mandat au président Ali Bongo », déclarait-il publiquement, comme pour graver dans le marbre le caractère définitif de son engagement. Cette phrase, abondamment relayée, portait en elle une promesse claire : celle d’un dernier tour de piste à la tête de la Fegafoot. Le contexte donnait à cette déclaration un relief particulier. Quelques heures auparavant, Pierre Alain Mounguengui avait décliné sa nomination au poste d’inspecteur général des services du ministère des Sports, dans un climat où, selon plusieurs observateurs, les autorités semblaient favoriser une alternance incarnée par Jérôme Efong Nzolo. Contre toute attente, il s’imposait finalement dans les urnes, arrachant une victoire que beaucoup pensaient compromise. Comme le relevait alors GabonMedia Time, « cette réélection, présentée comme la dernière, prenait des allures de mandat de transition ». Mais le temps a passé, et avec lui, la portée des engagements. À l’approche du scrutin du 18 avril, la candidature de Pierre Alain Mounguengui ravive les interrogations. Dans les coulisses du football gabonais, certains dénoncent un revirement difficile à justifier. « Quand un dirigeant parle d’ultime mandat, cela engage sa crédibilité », confie un acteur du milieu sportif, estimant que « revenir sur une telle promesse fragilise la confiance ». D’autres, en revanche, plaident pour une lecture plus pragmatique de la situation. « Les contextes évoluent, et les responsabilités aussi », nuance un proche de la fédération, suggérant que la continuité pourrait être perçue comme un facteur de stabilité dans une discipline en quête de résultats et de structuration. Reste que la question de la parole donnée demeure centrale. Dans un pays où la gouvernance des institutions sportives est régulièrement scrutée, la décision de briguer un nouveau mandat apparaît comme un test de cohérence pour Pierre Alain Mounguengui. Entre fidélité à ses engagements passés et volonté de prolonger son action, le dirigeant joue une partition délicate, sous le regard attentif d’un écosystème en attente de renouveau. À mesure que l’échéance électorale se rapproche, le débat dépasse désormais la seule personne du président sortant pour interroger plus largement la culture de responsabilité au sein des instances sportives gabonaises. Et au fond, une interrogation persiste, simple mais implacable : une promesse politique, fût-elle prononcée dans l’euphorie d’une victoire, peut-elle être reléguée au rang de simple déclaration d’intention ?
Fonds miniers rapatriés : comment le Gabon a arraché une victoire stratégique après six ans de blocage
Après six années d’interminables tractations, le Gabon vient de clore l’un des dossiers financiers les plus sensibles de la sous-région. Le 6 avril, le gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), Yvon Sana Bangui, a officialisé le rapatriement effectif des Fonds de restauration des sites miniers, dits Fonds REST. Longtemps retenus par les compagnies extractives, ces capitaux destinés à la réhabilitation environnementale des sites miniers retrouvent ainsi leur ancrage national. Une avancée que le patron de l’institution monétaire qualifie lui-même « d’étape décisive », précisant qu’elle a été rendue possible « grâce à l’engagement personnel du chef de l’État ». Ce dénouement trouve son origine dans une séquence politique clé. Le 25 mars 2026, au Palais du Bord de Mer, le président Brice Clotaire Oligui Nguema recevait le gouverneur de la BEAC en présence de plusieurs ministres sectoriels. Selon Yvon Sana Bangui, cette audience a permis de franchir un seuil jusque-là inaccessible, en levant des blocages accumulés au fil des années. Il souligne ainsi que « le leadership présidentiel a levé des verrous », rappelant au passage que l’intervention politique peut, dans certains cas, débloquer des situations que la technocratie peine à résoudre seule. Au-delà de l’épisode diplomatique, c’est une véritable inflexion stratégique qui se dessine. Le gouverneur annonce en effet « une refonte stratégique » de la gestion de ces dossiers sensibles. La BEAC abandonne désormais l’approche centralisée de négociation, jugée inadaptée, pour privilégier une méthode décentralisée. Dans ce nouveau schéma, chaque État membre de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale conduira directement ses discussions avec les entreprises minières, tout en étant « assisté techniquement par la BEAC ». Une évolution majeure qui redéfinit les rapports de force et redonne aux États une marge de manœuvre accrue. Ce basculement, loin d’être purement administratif, traduit l’émergence d’une diplomatie minière assumée. En reprenant la main sur ces négociations, les États affirment leur souveraineté sur des ressources financières stratégiques, tout en s’adaptant à la diversité des cadres juridiques nationaux. Pour Yvon Sana Bangui, cette nouvelle approche tient compte de « l’hétérogénéité des contrats miniers », et vise à instaurer une gestion plus réaliste, ancrée dans les spécificités locales. En filigrane, c’est une nouvelle architecture de gouvernance qui se met en place, à la croisée des enjeux financiers, environnementaux et politiques. Le rapatriement des Fonds REST ne constitue pas seulement une victoire ponctuelle pour Libreville ; il marque aussi le retour d’une convergence entre impératifs écologiques et souveraineté économique. Le gouverneur de la BEAC évoque à cet égard une coopération renouvelée, « fondée sur la confiance, l’efficacité et le respect des prérogatives de chacun ». Dans un contexte international marqué par la volatilité des marchés et l’accélération de la transition énergétique, cette opération apparaît comme un signal fort. Elle démontre que les États de la sous-région peuvent, à condition de conjuguer volonté politique et stratégie financière, reprendre le contrôle de leviers essentiels à leur développement. Pour le Gabon, cette séquence consacre non seulement une victoire diplomatique, mais aussi une affirmation de sa capacité à défendre ses intérêts dans un environnement économique de plus en plus concurrentiel.
5e en Afrique avec 13,4 % d’utilisateurs : le Gabon s’affirme comme un champion émergent de l’intelligence artificielle
Le Gabon avance à pas feutrés mais déterminés dans la révolution technologique mondiale. Selon un rapport publié le 8 janvier par Microsoft, 13,40 % de la population gabonaise âgée de 15 à 64 ans a utilisé des outils d’intelligence artificielle générative au second semestre 2025. Un chiffre qui propulse le pays à la cinquième place en Afrique, dans un classement où l’adoption de ces technologies redessine déjà les hiérarchies économiques. Dans le détail, des plateformes comme ChatGPT, Gemini ou Copilot s’imposent progressivement dans les usages quotidiens. Leur diffusion, encore récente, témoigne d’une mutation des pratiques numériques au sein de la société gabonaise. « Nous assistons à une appropriation rapide, presque intuitive, de ces outils par une population jeune et connectée », confie un analyste du secteur numérique, soulignant que cette dynamique repose autant sur l’accessibilité des technologies que sur une appétence croissante pour l’innovation. Dans un classement dominé par l’Afrique du Sud, qui culmine à 21,19 %, le Gabon devance des économies pourtant structurées comme le Sénégal ou la Tunisie. Une performance qui, selon plusieurs observateurs, traduit moins une avance structurelle qu’un effet d’opportunité. « Le Gabon bénéficie d’un écosystème numérique en construction, ce qui lui permet d’adopter plus rapidement certaines innovations sans les contraintes de systèmes hérités », explique un expert en transformation digitale, insistant sur la souplesse relative du marché local. À l’échelle du continent, où la moyenne d’adoption se situe autour de 14,1 %, le positionnement gabonais apparaît ainsi comme un signal encourageant, même si les écarts restent importants avec les économies du Nord, où près d’un quart de la population utilise déjà ces technologies. À l’échelle mondiale, l’usage de l’IA générative a atteint 16,3 % fin 2025, soit près d’un individu sur six, confirmant une accélération spectaculaire de la diffusion de ces outils dans les sphères de la productivité, de l’éducation et des services publics. Mais derrière cette percée statistique se dessine une équation plus complexe. Car si l’adoption progresse, les infrastructures, elles, peinent encore à suivre. « Le véritable enjeu n’est plus l’accès aux outils, mais la capacité à les intégrer durablement dans l’économie et les politiques publiques », observe un responsable institutionnel, pointant les défis liés à la formation, à la connectivité et à la régulation. Dans ce contexte, la question de la souveraineté numérique s’impose comme un fil conducteur. À mesure que l’intelligence artificielle redéfinit les modèles économiques, la maîtrise de ces technologies devient un levier stratégique. « Celui qui contrôle les données et les usages de l’IA contrôle une partie de son avenir économique », rappelle un spécialiste des politiques numériques, appelant à une vision plus ambitieuse de la part des États africains. Pour le Gabon, l’équation est donc claire : transformer l’essai. Entre opportunité technologique et impératif de structuration, le pays joue désormais une carte décisive. Celle d’une modernisation accélérée, où l’intelligence artificielle pourrait bien devenir, au-delà d’un simple outil, un marqueur de puissance et d’indépendance.
Gabon : l’UDB, le PDG et alliés scellent les bases d’une majorité présidentielle
Le mot n’est pas encore officiellement proclamé, mais il s’impose déjà dans les esprits et dans les calculs : majorité présidentielle. Au Gabon, où le paysage politique se recompose à marche accélérée, le camp du président Brice Clotaire Oligui Nguema avance ses pions. Tandis que l’opposition s’efforce de bâtir une unité encore fragile, les forces acquises au chef de l’État semblent, elles, avoir trouvé un tempo commun. Le 2 avril, autour de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), plusieurs partis majeurs ont esquissé les contours d’une coalition appelée à structurer durablement le pouvoir. Dans une salle où se mêlaient prudence et ambition, les représentants du Parti démocratique gabonais (PDG), de l’Union nationale (UN), de l’Union pour la République (UPR) et des Socio-démocrates gabonais (SDG) ont répondu présents. Une convergence qui n’a rien d’anodin dans un pays encore marqué par les recompositions issues de la transition. Tous partagent, à des degrés divers, un soutien au président de la transition, désormais engagé dans la consolidation de son assise politique. À l’initiative de cette rencontre, l’UDB assume un rôle moteur. Son secrétaire général, Mays Mouissi, a donné le ton en inscrivant cette démarche dans une logique de continuité politique. Selon lui, « la volonté du président fondateur est de déployer de manière cohérente le programme pour lequel il a été soutenu par les Gabonais », une manière de rappeler que le temps de la transition appelle désormais celui de l’organisation. Dans son propos, il insiste sur une dynamique d’ouverture, précisant que « cette coalition a vocation à rassembler tous ceux qui partagent une même vision pour le Gabon », comme pour désamorcer toute lecture hégémonique du projet. Derrière les mots, une réalité politique se dessine. Celle d’un pouvoir qui cherche à transformer un soutien électoral et circonstanciel en une architecture politique stable. Pour les partis présents, l’enjeu est double : exister dans le nouvel échiquier et peser dans la définition des orientations futures. Aujourd’hui, dans un contexte de refondation institutionnelle et d’attentes citoyennes accrues, la question se pose avec acuité : cette nouvelle coalition sera-t-elle un instrument de gouvernance efficace ou la résurgence d’un système politique que beaucoup espéraient voir évoluer ? À ce stade, les intentions affichées se veulent rassurantes. Du côté de l’UDB, on évoque une « action politique concertée fondée sur des valeurs démocratiques et républicaines », insistant sur la nécessité d’accompagner la Vᵉ République. Mais entre l’affichage et la mise en œuvre, le chemin reste étroit. Car bâtir une coalition ne suffit pas ; encore faut-il lui donner une cohérence, une discipline et, surtout, une légitimité durable. En filigrane, c’est toute la question de l’équilibre politique du Gabon qui se joue. Face à une opposition en quête de structuration, la majorité présidentielle en gestation pourrait rapidement s’imposer comme le centre de gravité du pouvoir. Reste à savoir si cette recomposition marquera une rupture ou s’inscrira dans la continuité d’un héritage politique dont le pays peine encore à se défaire.
Mijie Avika, trajectoire d’une voix d’État au cœur de la scène culturelle gabonaise
Artiste accomplie et auteure-compositrice, Mijie Avika s’impose progressivement comme une figure centrale de la musique institutionnelle au Gabon. Portée par une identité artistique forte et un engagement constant, elle construit une carrière singulière où création, représentation nationale et influence culturelle s’entrelacent. Dans un univers musical en mutation, où les tendances s’accélèrent et se mondialisent, Mijie Avika fait le choix d’une trajectoire ancrée. Celle d’une artiste qui ne dissocie pas l’esthétique de la mission. Dès ses premiers projets, elle affirme une ligne claire : faire de sa voix un vecteur de valorisation du patrimoine gabonais. Sa musique, à la croisée des sonorités traditionnelles et des arrangements contemporains, s’inscrit dans une logique de transmission. Au fil des années, Mijie Avika a affiné une identité musicale reconnaissable. Sa voix, ample et maîtrisée, s’accompagne d’une écriture sobre, souvent empreinte de gravité, qui aborde des thèmes liés à l’unité nationale, à la dignité et à l’engagement collectif. Cette constance lui a progressivement ouvert les portes de scènes officielles et d’événements d’envergure nationale. Sans revendiquer un rôle politique, elle s’inscrit néanmoins dans une démarche où l’art dialogue avec les institutions. Ce rôle, elle l’endosse avec mesure, évitant les excès de posture tout en assumant pleinement sa contribution à l’image du pays. Sa carrière se construit ainsi par étapes, entre productions musicales, performances publiques et collaborations liées à des initiatives nationales. Si sa notoriété reste en construction, elle bénéficie d’une reconnaissance croissante dans les cercles culturels et institutionnels. Cette légitimité repose autant sur la qualité de son travail que sur la cohérence de son parcours. Dans un contexte où la culture est de plus en plus mobilisée comme levier de soft power, des profils comme celui de Mijie Avika gagnent en importance. Ils incarnent une forme d’excellence artistique alignée sur des objectifs de représentation nationale. Au-delà de sa dimension officielle, Mijie Avika s’adresse aussi à une génération en quête de repères. Son travail participe à une revalorisation de l’identité culturelle dans un environnement globalisé, où les influences extérieures sont omniprésentes. Sa trajectoire illustre ainsi une évolution plus large : celle d’artistes africains qui revendiquent un rôle actif dans la construction du récit national, sans renoncer à une ambition universelle. Encore en pleine ascension, Mijie Avika construit, note après note, une carrière cohérente et engagée. Une trajectoire où la musique devient plus qu’un art : un langage, un symbole et, surtout, une voix qui porte au-delà des scènes.
Gabon Educ Tour : l’offensive de Libreville pour séduire le tourisme mondial
Libreville s’apprête à devenir, pendant quinze jours, le carrefour stratégique d’un secteur en quête de visibilité et de crédibilité internationale. Du 15 au 30 avril 2026, la capitale gabonaise accueille la première édition du Gabon Educ Tour, une initiative qui ambitionne de repositionner le pays sur la carte du tourisme mondial, en misant sur une approche immersive et résolument orientée business. Pensé comme une plateforme hybride entre vitrine et laboratoire d’opportunités, l’événement réunit plus de 400 participants, 90 exposants et une trentaine de tour-opérateurs, dont une vingtaine venus de l’étranger. Une mobilisation d’ampleur qui traduit une volonté claire : faire du Gabon une destination non plus marginale, mais compétitive. « L’objectif est de permettre aux professionnels du tourisme de découvrir concrètement les destinations et les produits touristiques du Gabon afin de mieux les programmer et les commercialiser », expliquent les organisateurs dans le dossier de presse. Derrière cette initiative portée par Heavens Travel & Tour en partenariat avec AGATOUR, se dessine une stratégie bien rodée : convaincre par l’expérience. Car au-delà des conférences et des rencontres B2B organisées dès l’ouverture à la Baie des Rois, le cœur du dispositif repose sur un circuit national immersif. De Libreville à Port-Gentil, en passant par Lambaréné, Mayumba ou encore le parc national de Loango, les participants sont invités à parcourir le pays pour en éprouver le potentiel touristique réel. Ce choix n’est pas anodin. Dans un marché globalisé où l’image ne suffit plus, le Gabon mise sur le terrain pour séduire. « Le Gabon Educ Tour s’inscrit dans une démarche de développement du tourisme et de promotion de la destination Gabon à l’international », souligne encore le document, insistant sur la nécessité de transformer la perception du pays auprès des prescripteurs étrangers. Car le défi est de taille. Malgré une biodiversité exceptionnelle et des sites encore préservés, le Gabon peine à capter une part significative des flux touristiques africains. En cause, un déficit de promotion, une offre encore peu structurée et des coûts souvent jugés élevés. En réunissant institutions, investisseurs, agences de voyages et médias, le Gabon Educ Tour tente précisément de combler ces lacunes en créant un écosystème d’échanges et de partenariats. L’exposition touristique organisée à Libreville s’inscrit dans cette logique de mise en réseau. Hôtels, agences, compagnies de transport, artisans et acteurs culturels y côtoient les parcs nationaux et les institutions, dans un espace pensé comme une vitrine complète de l’offre gabonaise. Une manière de raconter une destination dans toute sa diversité, mais aussi de structurer un discours cohérent face aux marchés internationaux. Au fond, le Gabon Educ Tour dépasse le simple cadre événementiel. Il se présente comme un test grandeur nature de la capacité du pays à fédérer ses acteurs et à parler d’une seule voix. « L’événement ambitionne de devenir un rendez-vous annuel majeur », avancent les organisateurs, affichant une volonté de pérennisation qui en dit long sur les attentes placées dans cette première édition. Reste à savoir si cette offensive suffira à transformer l’essai. Car dans l’industrie touristique, l’attractivité se construit dans la durée, à coups d’investissements, de réformes et de constance stratégique. En lançant le Gabon Educ Tour, Libreville envoie un signal clair : celui d’un pays prêt à ouvrir ses portes, mais surtout déterminé à se faire une place dans une compétition mondiale de plus en plus exigeante.
Sortie de l’EP « L’Humain » : Tiss Warren Jazz, héritier dans la lignée d’Akendengué
Avec « Kolo Kala » et son EP attendu ce 03 avril à minuit sur toutes les plateformes, l’artiste gabonais convoque la profondeur d’un aîné légendaire pour en faire quelque chose de résolument contemporain. Il n’est pas courant qu’un artiste de la génération streaming évoque, par la seule force de sa musique, le souvenir de Pierre-Claver Akendengué. Tiss Warren Jazz, lui, y parvient, sans l’imiter, sans le citer, mais en habitant le même espace intérieur. Son EP L’Humain, dont le single « Kolo Kala » précède la sortie officielle, en est la preuve la plus convaincante à ce jour. Avec la publication du visualizer lyrique de « Kolo Kala », troisième titre de son EP L’Humain, disponible à minuit sur l’ensemble des plateformes de streaming, le musicien de Port-Gentil démontre qu’une musique peut être à la fois profondément enracinée et rigoureusement actuelle. « L’Humain est ce qui reste quand on enlève le bruit. Ce projet n’est pas né d’un besoin de succès, mais d’un besoin de vérité. Je chante ce que nous sommes quand on ose ralentir, écouter, ressentir. » nous a-t-il confié. Ce qui rapproche Tiss Warren Jazz d’Akendengué n’est pas un son, les époques, les outils, les formats ont changé. C’est une posture. Akendengué chante la condition humaine en s’appuyant sur les langues et les mythologies du Gabon profond. Tiss Warren Jazz, lui, convoque la spiritualité, la persévérance, l’amour et la transmission dans un langage qui mêle RnB, jazz, hip-hop et sonorités africaines, sans jamais sacrifier le fond à la forme. Là où l’aîné utilise la poésie comme armature, le cadet utilise le groove. Mais l’intention est identique : faire de la musique un espace où l’auditeur peut se reconnaître, se ralentir, exister. « Kolo Kala » dont le visualizer joue sur le contraste entre énergie brute et introspection, est peut-être le résumé le plus fidèle de cette ligne de crête. « Kolo Kala » : un extrait taillé pour préparer le terrain Le choix de dévoiler « Kolo Kala » en avant-première révèle une stratégie éditoriale claire. Troisième piste de la tracklist, ce titre occupe le centre de gravité d’un EP en cinq actes : Le format visualizer avec paroles est sobre et sans effets superflus. Une forme de pédagogie artistique rare à l’ère du contenu instantané. Les productions sont signées par Tiss Warren Jazz, Ben Areno et Darcial Mondjo, avec la contribution de NZINGOULA Moïse alias Moses Beats sur « Kolo Kala » spécifiquement. A la direction artistique on retrouve: Les images de Julie », design de Chris B. pour HXS, opte pour un noir et blanc à fort contraste, un visage en profil tourné vers le ciel, et une pochette d’une sobriété presque militante. Né à Port-Gentil, la même ville côtière qui a vu grandir plusieurs figures de la culture gabonaise , Tiss Warren Jazz a construit son parcours loin des raccourcis. Trois albums, un premier EP, près de 100 000 vues cumulées sur ses clips, 30 000 abonnés sur les réseaux sociaux et deux fois présélectionné au Prix Découvertes RFI : la feuille de route est solide, sans être bruyante. Depuis 2019, il a multiplié les dates en tournée au Cameroun, Niger, Côte d’Ivoire, France, Gabon, sans jamais céder à la tentation du featuring facile ou du registre calibré pour les algorithmes. Chanteur, compositeur, instrumentiste et acteur de cinéma, il porte une polyvalence qui n’est pas sans rappeler, là encore, la figure tutélaire d’Akendengué, homme de plusieurs disciplines, refusant de se laisser enfermer dans une seule case.
« Le pays a été spolié d’une prérogative liée à sa souveraineté » : au Gabon, la nationalité redessinée au nom de l’État
Dans une tribune récemment publiée, la sénatrice Nadia Christelle Koye défend la réforme du code de la nationalité introduite par l’ordonnance du 26 février 2026. Entre mémoire d’une période contestée et volonté de refondation institutionnelle, le texte s’inscrit dans une séquence politique ouverte depuis le 30 août 2023, où la souveraineté et la maîtrise des fonctions stratégiques apparaissent comme des priorités affichées. Le diagnostic posé est sans ambiguïté. Pour l’élue, les années 2009-2023 ont laissé une empreinte durable sur les équilibres institutionnels du pays. Elle décrit une période marquée par une mise à l’écart progressive des « valeurs républicaines » et une gestion des affaires publiques qui aurait contribué à fragiliser le socle même de l’État. Dans ce contexte, la question de la nationalité, loin d’être accessoire, devient un révélateur des déséquilibres passés. En ligne de mire, l’accès de citoyens naturalisés à des fonctions stratégiques, au cœur de l’appareil d’État. « Le pays a été spolié d’une prérogative liée à sa souveraineté », affirme-t-elle, estimant que certaines nominations ont brouillé la frontière entre ouverture et préservation des intérêts nationaux. Une lecture qui, sans remettre en cause le principe de la naturalisation, en appelle à un encadrement plus strict et plus lisible. C’est précisément l’objet de l’ordonnance n°0004/PR/2026, qui reconfigure en profondeur les modalités d’accès à la nationalité gabonaise. Désormais, la naturalisation est soumise à l’avis du Conseil d’État et à une durée minimale de résidence de dix ans, ramenée à cinq dans des cas strictement encadrés. Une évolution que la sénatrice présente comme une garantie procédurale autant qu’un signal politique. « Il ne s’agit plus d’une simple formalité », résume-t-elle en creux, insistant sur la nécessité de sortir d’une logique perçue comme trop permissive. En renforçant les filtres institutionnels, les autorités entendent redonner à la nationalité son caractère exceptionnel et stratégique. Dans le même mouvement, les articles 57 et 58 introduisent une limitation de l’accès à certaines hautes fonctions pour les citoyens ayant acquis la nationalité par naturalisation, mariage ou adoption. Une disposition qui consacre, selon la sénatrice, « la suprématie des intérêts nationaux » et qui s’inscrit dans une pratique observée dans plusieurs États. « Un étranger ne peut prétendre aux mêmes avantages que le fils du village », avance-t-elle, mobilisant un registre à la fois politique et culturel. L’article 64, entre crispations et cadrage juridique C’est toutefois l’introduction de l’article 64 qui concentre l’essentiel des débats. Le texte prévoit la déchéance de nationalité pour les citoyens impliqués dans des actions jugées « subversives et déstabilisatrices » contre l’État, en cas de refus d’obtempérer aux injonctions des autorités. Un dispositif immédiatement scruté, certains y voyant un risque de dérive liberticide. La sénatrice s’emploie à en circonscrire la portée. « Cette mesure ne saurait être dédiée aux opposants », affirme-t-elle, rappelant que la Constitution garantit l’expression et l’existence de l’opposition politique. Elle invoque la hiérarchie des normes pour souligner qu’aucune disposition inférieure ne saurait contredire les principes fondamentaux. Dans son argumentaire, l’article 64 apparaît ainsi comme un instrument de protection de l’État davantage que comme un outil de restriction politique. Son activation, précise-t-elle, obéirait à une procédure encadrée, reposant sur des rapports motivés des administrations compétentes, notamment en matière de justice et de défense. Au-delà de ses implications juridiques, la réforme s’inscrit dans une dynamique politique plus large. En se référant explicitement à « l’esprit du 30 août 2023 », la tribune rattache le texte à une volonté de refondation institutionnelle portée par les autorités de transition. L’objectif affiché : « reprendre la marche vers l’édification d’un État de droit garant des droits et libertés fondamentaux ». Dans cette perspective, la réforme du code de la nationalité est présentée comme « une réponse juridique à un fait politique et social majeur ». Elle traduirait une attente d’une partie de l’opinion, soucieuse de voir mieux encadrés les mécanismes d’accès aux responsabilités publiques. Reste que le débat est loin d’être clos. Entre exigence de souveraineté et impératif d’inclusion, la redéfinition des contours de la nationalité continue de susciter interrogations et prises de position. Mais pour ses défenseurs, à l’image de Nadia Christelle Koye, le cap est désormais fixé : celui d’un État qui entend reprendre la maîtrise de ses leviers stratégiques, sans renoncer, affirme-t-elle, aux garanties fondamentales qui fondent l’État de droit.