Longtemps cantonnée aux services hospitaliers, la lutte contre la drépanocytose amorce un tournant au Gabon. Face à une maladie génétique qui touche des milliers de familles et demeure l’un des principaux défis de santé publique en Afrique, trois institutions ont décidé de conjuguer leurs expertises pour déplacer le combat en amont : prévenir avant de soigner.
C’est dans cette logique que le Centre Diagnostic de Libreville (CDL), la Fondation Louise et le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) ont officialisé, le 25 juin à Libreville, une alliance stratégique destinée à renforcer la prévention, le dépistage et la prise en charge de la drépanocytose. Une initiative qui traduit un changement de paradigme : faire de la connaissance de son statut drépanocytaire un réflexe aussi naturel que celui de connaître son groupe sanguin.
Les chiffres rappelés à l’occasion de cette annonce illustrent l’ampleur du défi. Selon les données scientifiques présentées par les partenaires, près d’un Gabonais sur quatre serait porteur du gène de la drépanocytose, tandis qu’environ 2 % de la population vivrait avec la forme sévère de la maladie. Pourtant, une grande partie des personnes concernées ignore encore son statut, retardant ainsi les décisions de prévention, le conseil génétique et l’accès à une prise en charge adaptée.
Pour les initiateurs du projet, la réponse passe désormais par un dépistage précoce, accessible et de proximité. En quelques minutes, un test rapide permet aujourd’hui de connaître son statut et d’orienter des choix de vie susceptibles d’éviter de nombreuses situations dramatiques. La prévention devient ainsi la première ligne de défense contre une pathologie qui continue de peser lourdement sur le système de santé et sur les familles.
Cette alliance repose sur une répartition claire des rôles. La Fondation Louise assurera les campagnes de sensibilisation, l’éducation thérapeutique et la coordination des actions de prévention. Le Centre National de Transfusion Sanguine intensifiera les campagnes de collecte de sang, ressource indispensable pour la prise en charge des patients drépanocytaires. Quant au Centre Diagnostic de Libreville, il mettra à contribution son unité médicale mobile afin de proposer des dépistages rapides, confidentiels et sécurisés au plus près des populations.
Au-delà des institutions sanitaires, les entreprises sont appelées à devenir des acteurs de cette politique de prévention. À travers le lancement des Journées Solidaires Drépanocytose, les trois partenaires proposent aux employeurs d’accueillir directement sur leurs sites des conférences de sensibilisation, des opérations de dépistage et des campagnes de don de sang. L’ambition est également sociale : chaque entreprise engagée contribuera au financement de campagnes gratuites destinées aux populations les plus vulnérables, transformant ainsi la responsabilité sociétale en véritable outil de santé publique.
Pour Joris-Loyce Olympio Fanguinoveny, directeur général du Centre Diagnostic de Libreville, cette initiative illustre une nouvelle conception de la médecine. « La médecine moderne ne consiste plus uniquement à soigner les maladies. Elle consiste à empêcher qu’elles ne bouleversent des vies. Avec cette alliance, nous faisons le choix d’aller vers les populations plutôt que d’attendre qu’elles viennent à nous », a-t-il déclaré, plaidant pour une médecine de proximité, plus humaine et davantage tournée vers l’anticipation.


Même ambition du côté de Vanessa Adande, présidente de la Fondation Louise, qui souhaite inscrire durablement la prévention dans les habitudes des Gabonais. Selon elle, chaque citoyen devrait connaître son statut drépanocytaire avec la même évidence que son groupe sanguin, afin de protéger les générations futures et de réduire les conséquences de cette maladie héréditaire.
À travers cette alliance, les trois partenaires affichent une ambition qui dépasse le seul lancement d’un programme de santé. Leur objectif est de faire du Gabon une référence régionale en matière de prévention, de dépistage et de prise en charge de la drépanocytose. Un chantier qui ne fait que commencer et qui appelle désormais les entreprises, les collectivités, les établissements scolaires, les universités et l’ensemble de la société civile à participer à une mobilisation nationale contre une maladie qui, malgré les progrès médicaux, reste encore trop souvent diagnostiquée tardivement.

