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Du camp de Gaulle au manganèse : à Paris, Oligui Nguema redessine les contours du partenariat stratégique entre le Gabon et la France

Pour sa première visite d’État en France depuis son élection à la tête du Gabon, Brice Clotaire Oligui Nguema a obtenu la signature de plusieurs accords structurants avec Emmanuel Macron. De la rétrocession progressive du camp de Gaulle à la transformation locale du manganèse, Libreville veut inscrire une nouvelle relation avec Paris, fondée sur la souveraineté économique et militaire.

Le symbole est fort. Quelques mois après avoir franchi une première fois les portes de l’Élysée, au printemps 2024, alors qu’il dirigeait encore la transition gabonaise, Brice Clotaire Oligui Nguema y est revenu lundi 20 juillet 2026 avec un nouveau statut : celui de président élu de la République gabonaise.

Face à Emmanuel Macron, le chef de l’État gabonais a ouvert une visite d’État de trois jours en France placée sous le signe de la refondation du partenariat entre les deux pays. Au cœur des discussions : la coopération militaire, la transformation industrielle du manganèse et l’évolution des relations économiques entre Libreville et Paris.

Trois accords ont été signés lors de cette première journée, marquant une volonté commune d’ouvrir une nouvelle séquence dans une relation longtemps structurée autour de la présence militaire française et de l’exploitation des ressources naturelles.

Le camp de Gaulle, symbole d’une nouvelle souveraineté militaire

Une lettre d’intention portant sur sa cession au Gabon a été signée entre les deux États. Le site, historiquement utilisé par les forces françaises, doit progressivement changer de statut, conformément à la volonté exprimée par Libreville de reprendre pleinement la maîtrise foncière de cette emprise stratégique.

Le gouvernement gabonais souhaite notamment obtenir le transfert du titre foncier relatif au camp, son changement de dénomination et une évolution profonde du modèle de coopération militaire avec la France.

À terme, la présence française devrait se recentrer sur un rôle de formation et d’accompagnement technique, plutôt que sur un dispositif militaire permanent.

« Il s’agit d’une évolution naturelle de notre relation de défense, qui doit désormais correspondre aux réalités actuelles et aux aspirations souveraines du Gabon », explique une source proche de la délégation gabonaise.

Cette évolution s’inscrit dans un mouvement plus large engagé par Libreville depuis la fin du régime de transition : redéfinir les partenariats internationaux sur une base d’intérêts réciproques.

Le manganèse au cœur du nouveau pacte économique

Autre dossier majeur de cette visite : l’avenir du manganèse gabonais.

Un protocole d’accord a été signé entre le gouvernement gabonais, Eramet et sa filiale Comilog pour accélérer la transformation locale de cette ressource stratégique.

Le Gabon, deuxième producteur mondial de manganèse, souhaite désormais dépasser le modèle d’exportation du minerai brut et développer une industrie de transformation capable de générer davantage de valeur ajoutée sur son territoire.

L’objectif fixé est ambitieux : transformer jusqu’à 700 000 tonnes de manganèse par an d’ici 2031.

Cette orientation traduit la volonté de Libreville de faire évoluer le rôle du pays dans la chaîne mondiale des minerais stratégiques, notamment dans un contexte marqué par la transition énergétique et la demande croissante en matériaux nécessaires aux batteries et aux industries de pointe.

Mais cette ambition a également donné lieu à plusieurs mois de discussions avec le groupe minier français Eramet. Le calendrier initial défendu par les autorités gabonaises, prévoyant une accélération rapide de la transformation locale, a été jugé exigeant par la partie industrielle, compte tenu des investissements lourds nécessaires dans les infrastructures énergétiques et métallurgiques.

L’accord signé à Paris établit désormais une feuille de route commune, avec des engagements progressifs et un suivi régulier des projets.

Au-delà des accords techniques, cette visite d’État porte une dimension politique majeure.

Depuis son arrivée au pouvoir après la transition ouverte en août 2023, Brice Clotaire Oligui Nguema a multiplié les signaux en faveur d’une diplomatie davantage centrée sur la souveraineté nationale et la diversification des partenariats.

La France, partenaire historique du Gabon, demeure un acteur économique et diplomatique majeur, mais Libreville entend désormais négocier une relation moins verticale, marquée par davantage de réciprocité.

À Paris, les deux présidents ont affiché leur volonté de construire une coopération adaptée aux nouveaux enjeux : sécurité régionale, transition énergétique, industrialisation et développement économique.

« Le partenariat entre nos deux pays doit continuer à évoluer pour répondre aux ambitions du Gabon et aux défis communs auxquels nous sommes confrontés », a déclaré Emmanuel Macron lors des échanges avec son homologue gabonais.

La séquence parisienne doit également comporter un rendez-vous avec la communauté gabonaise installée en France. Cette rencontre avec la diaspora constitue un moment attendu par les ressortissants gabonais, qui représentent l’une des communautés africaines les plus importantes dans l’Hexagone.

Le chef de l’État gabonais devrait y présenter les grandes orientations de son mandat et échanger sur les attentes de cette population, notamment sur les questions économiques, consulaires et de participation au développement national.

La visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France dépasse donc le cadre protocolaire. Elle acte une série de changements concrets : une évolution de la coopération militaire, un nouveau modèle industriel autour du manganèse et une volonté affichée de moderniser le partenariat franco-gabonais.

Reste désormais l’épreuve de la mise en œuvre. La transformation des engagements signés à Paris en réalisations concrètes dépendra de la capacité des deux pays à lever les obstacles industriels, financiers et énergétiques.

Entre la restitution annoncée du camp de Gaulle et le défi de transformer localement une partie significative du manganèse gabonais, Libreville veut faire de cette visite un marqueur d’une nouvelle étape de sa souveraineté économique et stratégique.

GuenolePXR

GuenolePXR

Redacteur Medias241

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