À Sindara, l’Union démocratique des bâtisseurs tente de tirer les leçons de sa défaite électorale
Dans le département de Tsamba-Magotsi, l’heure est à l’introspection pour l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB). Réunis le 28 février 2026 à la case d’écoute de Sindara, des militants et responsables locaux du parti ont dressé un bilan sans complaisance de leur participation aux dernières élections législatives et locales, marquées par une défaite dans cette circonscription. La rencontre, présidée par le commissaire politique du deuxième siège de Tsamba-Magotsi, le Dr Jean François Kouanga, s’est ouverte en début d’après-midi dans un climat que plusieurs participants ont décrit comme « constructif ». L’objectif affiché : analyser les forces et les faiblesses de la campagne et envisager les perspectives de relance de la formation politique dans cette partie du Moyen-Ogooué. Dès l’ouverture des travaux, le responsable politique a replacé la réunion dans son contexte : celui d’une nécessaire « redynamisation des troupes » après le revers électoral. Il a également appelé les militants à l’unité, insistant sur la nécessité de dépasser les divisions internes pour renforcer l’implantation du parti à Sindara et Ikobey. Au cœur des échanges, le bilan de la campagne législative a suscité plusieurs interventions critiques. Si le commissaire politique a tenu à rappeler les raisons ayant conduit le parti à investir Okaba Jean de Dieu comme candidat (notamment pour sa disponibilité et son engagement sur le terrain) certains militants ont exprimé des réserves sur ce choix. Dans le compte rendu de la réunion, le choix du candidat est d’ailleurs mentionné parmi les facteurs ayant contribué à la défaite, certains participants estimant qu’il n’avait pas pleinement convaincu l’électorat local. Au-delà de cette question, les militants ont évoqué d’autres faiblesses organisationnelles : une campagne de proximité jugée insuffisante, l’absence de pré-campagne pour occuper le terrain politique, ou encore un manque d’inscription de certains sympathisants sur les listes électorales dans plusieurs villages. Les échanges ont également mis en lumière les contraintes matérielles qui ont pesé sur la campagne. Parmi elles figurent les difficultés financières pour le transport des électeurs, un fonds de campagne jugé très limité et une campagne de porte-à-porte « presque inexistante ». Certaines promesses de campagne non tenues ainsi que les attentes persistantes des populations en matière d’infrastructures (l’électricité, les routes ou l’accès à l’eau) ont également été évoquées par les participants comme des éléments ayant pesé sur la perception du parti par les électeurs. Face à ce constat, les responsables locaux de l’UDB ont esquissé quelques pistes pour relancer la dynamique politique dans la zone. Le commissaire politique a notamment proposé la création d’une coordination intégrant les structures des femmes, des jeunes et des sages, afin de renforcer l’organisation du parti à l’échelle locale. Plusieurs militants ont également plaidé pour une meilleure visibilité du parti sur le terrain, ainsi que pour la mise en place d’une campagne d’adhésion plus structurée, incluant la confection et la distribution de cartes de membres. La réunion s’est achevée en fin d’après-midi, dans une atmosphère décrite comme apaisée par certains participants. Avant la clôture des travaux, le commissaire politique a appelé les populations de Sindara et d’Ikobey à adhérer massivement à l’Union démocratique des bâtisseurs, formation qui se veut, selon ses dirigeants, un « parti présidentiel ». Au-delà du simple exercice de bilan, cette rencontre illustre surtout les défis auxquels sont confrontées de nombreuses formations politiques locales : consolider leur implantation territoriale tout en répondant aux attentes très concrètes des populations. Pour l’UDB à Sindara, le travail de reconstruction politique semble désormais engagé.
Gabon : quand l’Église rencontre l’État autour de l’éducation et de la jeunesse
À Libreville, les relations entre autorités politiques et acteurs religieux continuent de s’inscrire dans une dynamique de dialogue. Le 5 mars 2026, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu en audience le Révérend Père Gilles Wach, supérieur de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre, actuellement en mission pastorale au Gabon. Selon une note de la presse présidentielle, cette rencontre s’est déroulée dans un climat qualifié de respectueux et constructif. Elle a d’abord été l’occasion pour le responsable religieux de présenter ses civilités au chef de l’État, mais aussi d’aborder les perspectives de développement des activités de son institut dans le pays. Au cœur des échanges figurait notamment un projet d’implantation prochaine d’un nouvel établissement destiné à renforcer la présence de la congrégation sur le territoire gabonais. Ce futur institut devrait soutenir et accompagner l’action des religieuses dans plusieurs domaines clés, en particulier l’éducation, la formation et l’encadrement des jeunes. Porté par une approche pastorale et éducative, le projet vise à promouvoir l’excellence académique tout en mettant l’accent sur la transmission des valeurs morales et spirituelles. L’initiative entend également contribuer à l’épanouissement global des élèves, dans une vision qui associe formation intellectuelle et développement humain. La congrégation dispose déjà d’un ancrage ancien au Gabon. Elle dirige actuellement deux établissements scolaires, implantés à Libreville et à Mouila, qui participent à la formation de nombreux jeunes dans le respect des principes éducatifs et des valeurs chrétiennes portées par l’Église. À travers cette audience, les responsables de l’Institut du Christ Roi Souverain Prêtre ont réaffirmé leur volonté d’étendre leur mission éducative et pastorale au Gabon, en collaboration avec les autorités nationales. Pour les pouvoirs publics, ce type d’initiative s’inscrit dans l’effort plus large visant à renforcer le développement humain et à multiplier les opportunités dans les secteurs de l’éducation et de la formation. La rencontre illustre ainsi la place qu’occupent encore les institutions religieuses dans les politiques d’encadrement de la jeunesse, un enjeu central pour un pays où l’éducation demeure l’un des piliers du développement durable.
Gabon : l’ascension internationale de Melchy Obiang saluée au sommet de l’État
À Libreville, la reconnaissance artistique a pris, l’espace d’une audience, la forme d’un hommage institutionnel. Le 5 mars 2026, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a reçu au palais présidentiel le cinéaste gabonais Melchy Obiang, récemment distingué par plusieurs prix internationaux majeurs. Une rencontre qui souligne la volonté des autorités de valoriser les talents nationaux et de soutenir le développement des industries culturelles. Selon la note officielle publiée à l’issue de cette audience, le chef de l’État a tenu à saluer la qualité et la portée de l’œuvre du réalisateur, dont les productions contribuent à porter le cinéma gabonais au-delà des frontières. Pour cette rencontre, l’artiste était accompagné du ministre de la Communication et de celui de la Culture, signe de l’intérêt affiché par le gouvernement pour le rayonnement culturel du pays. Les distinctions obtenues par le cinéaste témoignent d’une reconnaissance croissante sur la scène internationale. En décembre dernier, à Paris, lors de la 7ᵉ édition du Festival International du Film Africain et Caribéen de Paris, son film a décroché à la fois le Prix du meilleur long métrage et le Prix du public. Une double consécration qui confirme l’écho rencontré par son travail auprès des professionnels comme des spectateurs. La dynamique s’est poursuivie quelques semaines plus tard en Afrique de l’Ouest. À Abidjan, en janvier 2026, son œuvre a été couronnée lors de la Grande cérémonie de récompense de l’excellence africaine, où elle a reçu le Prix du meilleur long métrage africain 2025. Une distinction qui consacre le talent du réalisateur à l’échelle continentale. La trajectoire de Melchy Obiang pourrait encore gagner en visibilité dans les prochains mois. Le ministère togolais du Tourisme, des Arts et de la Culture l’a récemment informé de la sélection de son film en compétition officielle pour un festival international de cinéma prévu en avril prochain, confirmant la progression d’un parcours déjà marqué par plusieurs succès. Face au président de la République, le réalisateur a rappelé la dimension sociale et éducative du cinéma. Pour lui, le septième art demeure un vecteur privilégié de transmission des valeurs, capable de sensibiliser les jeunes générations tout en participant à la construction d’une identité collective. Il a également insisté sur le potentiel économique de cette filière encore en structuration au Gabon. Production, réalisation, métiers techniques ou distribution : selon lui, le secteur cinématographique peut offrir de nombreuses opportunités professionnelles à la jeunesse gabonaise, à condition d’être soutenu et organisé. En recevant le cinéaste, le président Oligui Nguema a pour sa part salué un parcours « inspirant », marqué par l’engagement et la créativité, tout en encourageant la poursuite d’efforts en faveur d’un cinéma national « ambitieux, structuré et compétitif ». À travers cette audience, les autorités entendent rappeler la place stratégique de la culture dans la diversification économique et le développement humain du pays. Au-delà de l’hommage rendu à un artiste, la rencontre traduit ainsi une ambition plus large : faire de la création culturelle un levier de rayonnement international et un moteur d’opportunités pour une nouvelle génération de talents gabonais.
Gabon : 50 ans après, le Gabonais moyen a perdu 25 % de son pouvoir d’achat, l’alerte du FMI
Selon un rapport technique récent du Fonds monétaire international (FMI), le revenu par habitant des Gabonais demeure aujourd’hui 25 % inférieur à son niveau des années 1970. Ce constat, alarmant pour un pays doté de ressources naturelles abondantes, met en lumière un paradoxe économique : malgré un PIB par habitant relativement élevé, la majorité de la population voit son pouvoir d’achat réel stagner, voire régresser. Cette chute est imputable à une combinaison de facteurs structurels. La dépendance excessive à la rente pétrolière et l’absence de diversification économique ont confiné le Gabon dans une économie d’enclave, où la production locale de biens de consommation reste limitée et fortement importée. La faiblesse de la productivité des secteurs non extractifs, couplée à une inflation importée, a creusé l’écart entre la richesse nationale et le bien-être quotidien des Gabonais. Le FMI pointe également du doigt la gestion des finances publiques. Depuis 1986, la plupart des programmes d’ajustement structurel visant à diversifier l’économie ont échoué à produire des résultats tangibles. La priorité donnée à la consommation immédiate plutôt qu’à l’investissement productif a aggravé les déficits budgétaires et contribué à une dette publique qui s’élève aujourd’hui à plus de 74,7 % du PIB. Pour remédier à cette situation, l’institution internationale recommande une réorientation massive des investissements vers les secteurs non pétroliers, notamment l’agriculture et les infrastructures. Elle insiste cependant sur la nécessité de réformes profondes et d’une gouvernance améliorée pour assurer que ces efforts se traduisent par un développement durable. Le message est clair : le Gabon doit rompre avec le modèle rentier et investir dans la diversification économique. Une redistribution plus équitable des dividendes générés par les secteurs stratégiques (pétrole, mines et bois) ourrait également devenir un levier crucial pour restaurer le pouvoir d’achat des citoyens et renforcer leur confiance dans l’État. Un tel ajustement permettrait de soutenir des programmes sociaux, d’améliorer l’accès aux services essentiels comme la santé, l’éducation et l’eau potable, tout en réduisant les inégalités et en consolidant le sentiment de justice sociale. Si ces mesures sont mises en œuvre avec sérieux, le Gabon pourrait transformer ses ressources naturelles en véritable moteur de prospérité partagée, évitant que le retard économique accumulé ne se pérennise.
Vie chère : la Centrale d’Achats en opérationnelle dès le 1er avril
Le Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, a reçu ce mercredi 4 mars 2026 le directeur général de la Centrale d’Achats du Gabon (CEAG), Théophile Boutamba, pour faire le point sur la mise en place de cette structure stratégique. L’objectif est clair : accélérer le lancement des premières commandes et préparer l’entrée en activité officielle de la CEAG, prévue pour le 1er avril prochain. La rencontre, qui s’est tenue au cabinet du Vice-Président, a permis de passer en revue l’état d’avancement du dispositif logistique et organisationnel destiné à garantir un démarrage dans les délais. Créée dans le cadre de la politique gouvernementale de lutte contre la vie chère, la CEAG a pour mission d’améliorer l’approvisionnement du marché national en produits de première nécessité et de contribuer à stabiliser les prix au bénéfice des consommateurs. Selon Théophile Boutamba, les préparatifs suivent le calendrier fixé par les autorités. « Nous avons déjà lancé les commandes, identifié le siège et pris des attaches avec tous les partenaires intervenant dans le circuit », a-t-il indiqué. La structure entend également assurer une couverture nationale afin que « aucune population ne soit oubliée », précisant que l’ensemble du dispositif logistique est en cours de finalisation. Alors que le 1er avril approche, le gouvernement mise sur cette Centrale d’Achats pour jouer un rôle clé dans la régulation des marchés et le soutien aux ménages, dans un contexte où la maîtrise du coût de la vie reste une priorité nationale.
Sélectionneur des Panthères : bras de fer feutré entre la Fégafoot et le ministère
Le processus de désignation du futur sélectionneur des Panthères du Gabon, censé incarner un nouveau départ pour l’équipe nationale, s’enlise dans une zone d’ombre institutionnelle. Alors que la Commission chargée du recrutement a remis son rapport depuis le 25 février au Comité exécutif de la Fédération gabonaise de football, l’identité du technicien appelé à diriger la sélection A demeure inconnue. Un retard qui alimente interrogations et crispations à l’approche des prochaines échéances sportives. Selon les informations publiées par le quotidien L’Union, la Commission a examiné pas moins de 605 candidatures avant de retenir trois profils pour la phase finale. Figurent sur cette short-list Anthony Da Silva, ancien adjoint de la sélection du Cameroun, Landry Chauvin, technicien formateur passé par les sélections de jeunes en France et connu pour avoir accompagné à Rennes des joueurs comme Stéphane Nguema et Fabrice Do Marcolino, ainsi que Luis Boa Morte, ancien sélectionneur de la Guinée-Bissau. Dans la foulée de la remise du rapport au Comité exécutif, un courrier a été adressé au ministre des Sports pour validation définitive. Une procédure qui, au Gabon, consacre le rôle central de l’État dans la nomination du sélectionneur national, celui-ci étant juridiquement employé par l’État avant d’être mis à disposition de la Fédération. Interrogé sur l’état d’avancement du dossier, le président de la Fédération gabonaise de football, Pierre-Alain Mounguengui, affirme avoir transmis la short-list au ministre conformément aux usages. Il souligne que des orientations ont été jointes aux dossiers afin d’éclairer la décision finale. Rappelant que l’État demeure l’employeur du sélectionneur, il estime que la responsabilité du choix incombe désormais au ministère, tout en annonçant une relance au regard des impératifs du calendrier international. En réponse, le ministre des Sports, Paul Ulrich Kessany, indique attendre une rencontre avec le président de la Fédération pour finaliser le dossier. Il évoque la nécessité de mettre en place une direction technique et un staff technique, semblant relativiser l’urgence liée à la désignation du seul sélectionneur. Ces déclarations croisées laissent apparaître une divergence d’approche. Dans l’architecture classique d’une sélection nationale, le choix du sélectionneur constitue généralement la pierre angulaire autour de laquelle s’organise le staff. L’idée d’installer une structure technique sans que le patron du banc ne soit clairement identifié interroge certains observateurs du football gabonais, qui y voient un risque de dilution des responsabilités. Au-delà de la controverse, le retard dans la nomination nourrit un climat d’incertitude à un moment où les Panthères doivent se projeter vers leurs prochaines compétitions. La question n’est plus seulement celle du profil retenu parmi les trois finalistes, mais celle de la clarté institutionnelle du processus. Reste à savoir si ce délai procède d’une simple coordination administrative ou s’il révèle des désaccords plus profonds sur la gouvernance du football national. Dans un contexte où la stabilité technique est souvent présentée comme un levier de performance, la décision finale sera scrutée bien au-delà des cercles sportifs.
Digitalisation des œuvres universitaires : le CNOU et Airtel Gabon scellent un partenariat stratégique
Libreville, 4 mars. — Le Centre national des œuvres universitaires (CNOU) a officiellement signé, ce mardi, une convention de partenariat avec l’opérateur de téléphonie mobile Airtel Gabon. Une signature qui marque le lancement de la plateforme digitale eCNOU et de la nouvelle Carte Blaze, destinée à moderniser la gestion des services universitaires. La cérémonie, organisée en présence de responsables institutionnels et universitaires, consacre l’entrée du CNOU dans une phase active de transformation numérique. L’objectif affiché : améliorer la traçabilité, renforcer la transparence et simplifier l’accès des étudiants aux prestations sociales. À travers cet accord, le CNOU s’appuie sur l’expertise technologique d’Airtel Gabon pour déployer eCNOU, une plateforme qui centralise les services liés aux œuvres universitaires. Quelques instants après la signature, la directrice générale du CNOU, Zora Kassa, a présenté les contours du projet « Nous remercions premièrement le chef de l’État, qui a été pour nous l’élément, son instruction concernant la digitalisation, même au cœur de la digitalisation centrale. Nous avons mené, nous, à proposer aujourd’hui l’application que nous appelons eCNOU, qui est pour nous une révolution, pas juste un simple changement, mais une révolution qui va réellement apporter de la différence dans ce que nous appelons les œuvres universitaires. » Au centre du dispositif : la Carte Blaze, dotée d’un QR code unique permettant à chaque étudiant d’accéder aux services de logement, restauration et santé via son téléphone portable.« Vous imaginez une seule carte, un QR code qui permet non seulement une traçabilité et une meilleure gestion (…) un accompagnement pas à pas pour l’étudiant d’un bout à l’autre », a-t-elle ajouté, précisant que l’usage du cash sera progressivement réduit sur les campus. Interrogée sur le choix d’un seul opérateur, la directrice générale a indiqué qu’il s’agissait d’une première étape. « Nous ne voulons pas contraindre un étudiant. (…) Nous avons commencé avec Airtel Gabon parce que nous pensons à nos étudiants qui sont à Koulamoutou, à Paul Couillat, qui ont besoin d’avoir un opérateur qui est le plus accessible possible. Mais nous restons ouverts à tous les autres opérateurs. » Le CNOU envisage déjà une seconde phase, avec l’intégration de partenaires extérieurs : centres hospitaliers, pharmacies, grandes surfaces et commerces de proximité. L’ambition est d’étendre les avantages liés au statut d’étudiant au-delà du strict cadre universitaire. Du côté des étudiants, la signature de cette convention est perçue comme une avancée. Le président de la mutuelle de l’Université Omar Bongo estime que le projet répond à une attente forte. Avec cette convention, le CNOU pose ainsi les bases d’un écosystème numérique centré sur l’étudiant. Reste désormais à traduire cette ambition sur le terrain, afin que la Carte Blaze et la plateforme eCNOU deviennent des outils pleinement intégrés au quotidien des campus gabonais.
Gabon : Brice Oligui Nguema envoie son demi-frère Aurélien Mintsa Mi Nguema en Inde, entre diplomatie stratégique et rééquilibrage interne
Ancien directeur général du Budget et cadre influent de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB) a été nommé Ambassadeur à New Delhi à l’issue du dernier Conseil des ministres. Une décision actée par le chef de l’État, qui suscite interrogations et spéculations à Libreville sur la portée réelle de ce départ vers l’Inde, partenaire économique clé du Gabon. La décision est tombée sans annonce préalable. À l’issue du Conseil des ministres présidé par le chef de l’État, Aurélien Mintsa Mi Nguema, figure bien connue des cercles financiers et politiques gabonais, a été nommé à un poste diplomatique en Inde. Un redéploiement inattendu pour cet ancien directeur général du Budget, demi frère du président et considéré comme l’un des ténors de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), la formation politique soutenant l’action du pouvoir. Dans un paysage institutionnel où les nominations traduisent souvent des équilibres subtils, ce départ vers New Delhi ne passe pas inaperçu. Originaire d’Oyem, dans le nord du pays, Aurélien Mintsa Mi Nguema s’était imposé ces au début de la récente Transition au Gabon comme un acteur clé du dispositif financier de l’État. À la tête de la Direction générale du Budget, il occupait une position stratégique, au cœur des arbitrages budgétaires et des réformes engagées depuis la transition politique, avant d’être limogé. Au sein de l’UDB, il comptait également parmi les relais influents de la majorité présidentielle. « C’était un homme du sérail, un profil technique mais aussi politique », confie un cadre du parti. « Son positionnement à Libreville lui donnait une visibilité et une capacité d’influence non négligeables. » Sa proximité avec le chef de l’État alimentait l’idée d’une trajectoire ascendante dans l’architecture du pouvoir. D’où la surprise suscitée par cette nomination à l’étranger. Si certains y voient un éloignement, le choix de l’Inde nuance l’analyse. New Delhi s’est imposée ces dernières années comme un partenaire économique majeur pour de nombreux pays africains, notamment dans les secteurs des infrastructures, de la santé, des technologies et des investissements industriels. Pour le Gabon, en quête de diversification économique et d’alliances stratégiques hors des circuits traditionnels, le renforcement des liens avec la puissance asiatique représente un enjeu réel. « L’Inde est un partenaire pragmatique, moins contraignant politiquement que certains acteurs occidentaux », analyse un diplomate en poste à Libreville. « Y envoyer un profil politique et financier aguerri peut être perçu comme un signal d’importance. » Dans cette perspective, la nomination d’Aurélien Mintsa Mi Nguema pourrait s’inscrire dans une logique d’ouverture et de consolidation des partenariats Sud-Sud. Reste que, dans les cercles politiques gabonais, les lectures divergent. Pour certains observateurs, cette affectation constitue une promotion diplomatique stratégique. Pour d’autres, elle pourrait s’apparenter à un éloignement calculé. « Le président a montré qu’il n’hésite pas à redistribuer les cartes, même parmi ses proches », estime un analyste politique local. « Envoyer un poids lourd à l’extérieur peut être une manière de rééquilibrer les influences internes sans créer de rupture frontale. » Depuis son accession au pouvoir, Brice Oligui Nguema a cultivé un style de gouvernance marqué par des ajustements réguliers et parfois imprévisibles. Les rotations dans les hautes fonctions administratives et politiques traduisent une volonté de maintenir la cohésion tout en évitant la constitution de pôles autonomes trop puissants. Au-delà des spéculations internes, cette nomination intervient dans un contexte de recomposition diplomatique plus large. Le Gabon, riche en ressources naturelles mais confronté à des défis budgétaires et sociaux, cherche à diversifier ses partenaires et à attirer des investissements structurants. Dans ce cadre, New Delhi pourrait devenir un point d’appui stratégique. Reste à savoir si Aurélien Mintsa Mi Nguema disposera des marges de manœuvre nécessaires pour transformer cette mission en levier concret de coopération.
Réseaux sociaux, contenus IA : le gouvernement lance l’offensive
Réuni le 26 février 2026 à Libreville, le Conseil des ministres a examiné un projet d’ordonnance visant à réglementer l’usage des réseaux sociaux en République gabonaise. Pris sur le fondement de l’article 95 de la Constitution, le texte entend encadrer les communications numériques présentant un “risque grave et immédiat”, organiser les mécanismes de réaction publique et judiciaire et instaurer un régime spécifique pour les contenus générés par des systèmes d’intelligence artificielle. Le numérique entre dans une nouvelle phase de régulation au Gabon. Selon le communiqué final du Conseil des ministres, l’exécutif a délibéré sur un projet d’ordonnance destiné à structurer l’usage des réseaux sociaux et à définir les responsabilités liées à la diffusion de contenus en ligne. L’initiative intervient dans un contexte marqué par des tensions autour de la circulation de fausses informations, de contenus diffamatoires et de campagnes de dénigrement sur les plateformes numériques. Le projet d’ordonnance est pris en application de l’article 95 de la Constitution, qui permet au gouvernement de légiférer par voie d’ordonnance dans des matières relevant normalement du domaine de la loi. Le texte, tel que présenté dans le communiqué officiel, poursuit trois objectifs principaux : réglementer l’usage des réseaux sociaux, organiser des mécanismes de réaction face aux communications numériques susceptibles de provoquer un risque grave et immédiat, et établir un cadre applicable aux contenus générés ou amplifiés par des systèmes d’intelligence artificielle. Il s’agit, selon les termes du communiqué, d’anticiper et de contenir les effets de certaines publications en ligne pouvant porter atteinte à l’ordre public, à la sécurité nationale ou à la dignité des personnes. Le texte prévoit notamment la mise en place de procédures permettant une intervention rapide des autorités compétentes en cas de diffusion de contenus jugés particulièrement sensibles. Le projet d’ordonnance ambitionne également de clarifier les mécanismes de réaction, tant au plan administratif que judiciaire. L’objectif affiché est de doter l’État d’outils juridiques permettant de répondre de manière proportionnée et encadrée aux dérives constatées dans l’espace numérique. Dans les faits, cela pourrait se traduire par un renforcement des obligations des utilisateurs, mais aussi des plateformes opérant sur le territoire gabonais, en matière de modération, de retrait de contenus et de coopération avec les autorités. Le texte évoque des communications numériques “susceptibles de provoquer un risque grave et immédiat”, une formule qui laisse entrevoir un champ d’application large et potentiellement évolutif. L’un des aspects les plus structurants du projet concerne les contenus générés et amplifiés par des systèmes d’intelligence artificielle. Le gouvernement entend établir un régime de régulation spécifique pour ces productions numériques, dont l’usage se généralise sur les plateformes. Images synthétiques, vidéos manipulées, textes automatisés : les technologies d’IA modifient profondément la nature et la vitesse de circulation de l’information. En intégrant cette dimension dans le projet d’ordonnance, les autorités reconnaissent la nécessité d’adapter le cadre juridique à l’évolution technologique. Le texte vise ainsi à prévenir les manipulations susceptibles d’altérer le débat public ou de porter atteinte à la réputation de personnes physiques et morales. Ce projet intervient quelques semaines après des mesures restrictives concernant l’accès aux réseaux sociaux, justifiées par la lutte contre la désinformation et le cyberharcèlement. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de réorganisation de la gouvernance numérique. Pour les acteurs du secteur digital, les contours précis de l’ordonnance seront déterminants. Les entreprises du numérique, les médias en ligne, les créateurs de contenus et les organisations de la société civile attendent des clarifications sur les modalités d’application, les garanties procédurales et les mécanismes de recours prévus. L’encadrement des réseaux sociaux et des contenus générés par l’intelligence artificielle soulève des enjeux juridiques et démocratiques majeurs. Il s’agit de concilier la protection de l’ordre public et de la dignité humaine avec la préservation de la liberté d’expression et de l’innovation technologique. Le débat portera notamment sur la définition du “risque grave et immédiat”, sur la proportionnalité des mesures susceptibles d’être prises et sur l’articulation entre régulation administrative et contrôle judiciaire. En ouvrant ce chantier législatif, le gouvernement place la question numérique au cœur de l’agenda institutionnel. Reste à connaître le contenu détaillé de l’ordonnance et les modalités de son adoption. À l’heure où l’espace digital devient un vecteur central de communication, d’information et d’activité économique, le cadre juridique qui en résultera pèsera durablement sur l’écosystème numérique gabonais.
Sans papiers en règle, Ali Bongo bloqué en France depuis deux mois
L’ancien président gabonais, officiellement installé à Londres depuis mai 2025, se trouve contraint de prolonger son séjour en France en raison d’un problème de régularisation administrative pour entrer au Royaume-Uni. Depuis près de deux mois, Ali Bongo Ondimba ne peut regagner sa résidence londonienne. Son épouse, Sylvia Bongo, est, elle aussi, confrontée à des restrictions de déplacement. Ce qui devait être un déplacement ponctuel à Paris s’est transformé en séjour prolongé. Selon des informations révélées par Jeune Afrique, Ali Bongo Ondimba est actuellement dans l’impossibilité de retourner au Royaume-Uni, où il s’était établi avec sa famille après avoir quitté le Gabon au printemps 2025. L’ancien chef de l’État, aperçu récemment dans la capitale française, séjourne dans sa propriété située avenue Foch. Mais derrière ces apparitions discrètes se cache une réalité administrative plus complexe : ses documents de voyage ne lui permettraient plus, en l’état, de franchir la frontière britannique. Depuis avril 2025, les citoyens français doivent obtenir une autorisation électronique de voyage (ETA) ou un visa pour entrer au Royaume-Uni, au-delà de certaines conditions de durée. Or, le temps cumulé passé sur le sol britannique par l’ex-président aurait dépassé le seuil autorisé dans le cadre de ce dispositif simplifié. Le départ d’Ali Bongo du Gabon, en mai 2025, était intervenu près de deux ans après le coup d’État du 30 août 2023 conduit par Brice Clotaire Oligui Nguema. Après plusieurs mois passés à Libreville à la suite de sa chute, l’ancien président avait finalement quitté le pays à la faveur d’une médiation régionale menée par le président angolais João Lourenço. Installée dans le quartier londonien de Mayfair, la famille Bongo avait depuis multiplié les déplacements entre le Royaume-Uni et la France, notamment dans le cadre d’initiatives judiciaires engagées devant les juridictions françaises. Ce nouvel épisode administratif intervient donc dans un moment où l’ancien président tente de reconfigurer sa situation personnelle et juridique en Europe. La situation n’est pas plus simple pour Sylvia Bongo Ondimba. Restée à Londres, l’ancienne Première dame serait elle aussi confrontée à des restrictions liées aux règles de séjour. Ayant dépassé certaines limites de présence hors du territoire britannique, elle ne pourrait quitter le pays sans risquer de fragiliser son droit de retour, sauf obtention préalable d’un visa adapté. Au-delà de l’aspect technique, l’épisode est politiquement révélateur. Celui qui a dirigé le Gabon pendant quatorze ans se retrouve aujourd’hui confronté aux exigences ordinaires du droit migratoire. Une situation qui souligne la perte de statut attachée à l’exercice du pouvoir. Dans l’entourage de l’ancien président, on minimise toutefois la portée de l’incident. « Il ne s’agit ni d’une sanction ni d’un contentieux politique, mais d’une formalité à régulariser », assure-t-on. Reste que ce contretemps fragilise une organisation familiale déjà marquée par l’exil et les procédures judiciaires en cours. En attendant l’issue de la demande de visa déposée auprès des autorités britanniques, Ali Bongo demeure à Paris. Un exil provisoire, suspendu à une décision administrative.