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160 000 emplois : comment Kobé-Kobé pourrait devenir le premier employeur du Gabon

Les 160 000 emplois directs et indirects attendus autour du futur port en eau profonde de Kobé-Kobé ne constituent pas seulement une promesse économique. À l’échelle du marché du travail gabonais, ils représentent une rupture potentielle sans précédent. Si les projections avancées par les autorités et les partenaires du projet se concrétisent, le complexe intégré de Kobé-Kobé pourrait s’imposer comme l’un des plus importants gisements d’emplois jamais créés dans l’histoire du pays, au point de redessiner durablement la géographie économique nationale.

Au moment où les premiers travaux du futur port en eau profonde de Kobé-Kobé sont lancés, un chiffre retient particulièrement l’attention : 160 000 emplois directs et indirects pourraient être générés à terme par l’ensemble du complexe portuaire, minier, ferroviaire et énergétique. Cette estimation, associée au développement du gisement de fer de Belinga, de la nouvelle ligne ferroviaire et du barrage hydroélectrique de Booué, donne une idée de l’ampleur du projet. 

Pour mesurer la portée de cette annonce, il faut la rapporter à la réalité du marché du travail gabonais. Selon les résultats de l’Enquête nationale sur l’emploi et le chômage publiés en 2026, le Gabon comptait environ 515 900 emplois recensés en 2024. Dans ce contexte, les 160 000 emplois attendus autour de Kobé-Kobé représenteraient à eux seuls près de 31 % de l’ensemble des emplois existants dans le pays. 

La comparaison est encore plus frappante lorsqu’on observe les principaux employeurs actuels du pays. La fonction publique gabonaise comptait près de 98 000 agents en 2024, tandis que l’ensemble du secteur public regroupait un peu plus de 110 000 personnes. Autrement dit, les emplois projetés autour de Kobé-Kobé dépasseraient largement les effectifs actuels de la fonction publique et se rapprocheraient de l’ensemble des emplois du secteur public moderne. 

Dans le secteur privé, l’écart apparaît encore plus spectaculaire. Les grandes industries extractives qui constituent historiquement l’épine dorsale de l’économie gabonaise emploient des effectifs relativement limités. Même les principaux groupes pétroliers et miniers présents dans le pays comptent généralement leurs salariés en centaines ou en milliers, loin des volumes évoqués pour le futur complexe de Kobé-Kobé. 

Cette différence s’explique par la nature même du projet. Kobé-Kobé n’est pas conçu comme une simple infrastructure portuaire. Il associe exploitation minière, transport ferroviaire, production énergétique, logistique, maintenance industrielle, services et sous-traitance. Chacune de ces composantes génère ses propres besoins en main-d’œuvre, créant un effet multiplicateur rarement observé dans les projets traditionnels d’exploitation des ressources naturelles.

Les autorités espèrent ainsi éviter l’écueil de l’économie de rente en développant autour du minerai de Belinga une véritable chaîne de valeur nationale. Les emplois attendus ne concerneraient pas uniquement les métiers de l’extraction minière, mais également la construction, les travaux publics, l’ingénierie, le transport, les services portuaires, l’énergie, la maintenance industrielle, la sécurité ou encore les activités commerciales induites.

Pour les économistes, l’enjeu dépasse largement la création d’emplois. Il s’agit de savoir si le Gabon est capable de transformer un avantage géologique en moteur durable de développement. Longtemps dépendant des hydrocarbures, le pays cherche à bâtir une économie davantage fondée sur la transformation locale de ses ressources naturelles et sur le développement d’infrastructures structurantes.

Le projet Kobé-Kobé apparaît ainsi comme le symbole le plus visible de cette ambition. Si les objectifs annoncés sont atteints, le complexe pourrait devenir non seulement le plus grand chantier industriel du pays, mais aussi le principal levier de création d’emplois de l’économie gabonaise moderne.

À l’horizon 2030, la véritable mesure du succès ne sera donc pas uniquement le tonnage de minerai exporté ou le nombre de navires accueillis dans le port en eau profonde. Elle se lira également dans la capacité du projet à offrir des dizaines de milliers d’emplois durables aux Gabonais et à faire émerger un tissu industriel capable de soutenir la croissance bien au-delà de l’ère pétrolière.

GuenolePXR

GuenolePXR

Redacteur Medias241

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