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FEGAFOOT : quand Libreville convoque le droit face à la FIFA

Une délégation conjointe FIFA-CAF a fait le déplacement à Libreville pour comprendre pourquoi le processus électoral à la tête du football gabonais a été suspendu. Elle a trouvé en face d’elle un gouvernement qui n’avait pas l’intention de reculer.

On ne dépêche pas une mission conjointe FIFA-CAF pour rien. Quand les deux instances du football mondial et africain font le déplacement jusqu’à Libreville, c’est que quelque chose de sérieux s’est passé. Ce quelque chose, c’est la suspension du processus électoral à la Fédération Gabonaise de Football, la FEGAFOOT, et le report de son Assemblée Générale élective qui devait se tenir le 18 avril. Une décision qui a fait l’effet d’une petite bombe dans les milieux du football continental, et qui place aujourd’hui le Gabon sous le regard attentif de Zürich.

Le Ministre en charge des Sports les a reçus. Et il est arrivé à cette réunion avec quelque chose que les diplomates du sport n’attendaient peut-être pas avec une telle précision : des textes de loi. Pas des intentions, pas des déclarations d’ordre général sur la bonne gouvernance, mais des articles, des alinéas, une architecture juridique construite pour démontrer que l’État gabonais n’avait pas agi par caprice ou par instinct de contrôle politique, mais dans le strict exercice de ses prérogatives légales. Le pilier de cet argumentaire : l’article 9 de la loi n°033/2020 du 22 mars 2021, qui confère à l’autorité administrative un pouvoir de contrôle et de régulation du mouvement sportif national. En clair, l’État a le droit de regarder, d’évaluer, et d’intervenir. Et c’est précisément ce qu’il a fait.

Mais le Ministre n’a pas seulement brandi un fondement juridique. Il a raconté ce que les enquêteurs avaient trouvé sur le terrain. Entre le 18 février et le 3 mars 2026, un recensement des associations sportives nationales avait été conduit. Un travail de fourmi, méthodique, qui a mis au jour un tableau peu reluisant. La FEGAFOOT elle-même ne dispose pas d’agrément technique en cours de validité. La fédération qui devait organiser des élections n’est donc pas en règle au regard du droit gabonais. C’est comme vouloir tenir un scrutin avec un bureau de vote dont les papiers seraient périmés.

Et ce n’est pas tout. Plusieurs associations devant composer le collège électoral, celles qui auraient eu à voter pour désigner les dirigeants du football gabonais, se trouvent elles aussi dans une situation administrative irrégulière. Certaines n’ont même pas obtenu le récépissé que la loi n°35/62 du 10 décembre 1962 exige pour reconnaître l’existence légale d’une association. Des structures sans existence légale certifiée auraient donc pu peser dans l’issue d’une élection censée incarner la démocratie sportive. Le paradoxe est saisissant.

«  Le respect du cadre légal national constitue un préalable indispensable à la régularité de tout processus électoral. » a indiqué Paul Ulrich Kessanny, le Ministre gabonais en charge des Sports

Le Ministre a également pris soin de replacer tout cela dans un cadre plus large. Cette intervention ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans les orientations du Président de la République, Chef de l’État, visant à restructurer l’ensemble du mouvement sportif national et à y imposer des standards de bonne gouvernance. Le football n’est pas une cible isolée. Il est un cas parmi d’autres d’un chantier de réforme qui touche l’ensemble du sport gabonais. Manière de dire que la FIFA ne se trouve pas face à un gouvernement qui s’acharne sur une fédération en particulier, mais face à une politique publique cohérente et revendiquée.

De l’autre côté de la table, la mission a écouté. Célestin Yanindji, Président de la Fédération centrafricaine de football et porte-voix de la délégation ce jour-là, a choisi ses mots avec soin. Il a salué la qualité des échanges, reconnu que cette audience avait permis de partager des éléments complémentaires d’appréciation de la situation, et réaffirmé la disponibilité de la FIFA à accompagner le Gouvernement gabonais dans la recherche de solutions appropriées. Des formules policées, mesurées, qui n’engagent à rien de définitif. Mais dans le langage diplomatique des instances sportives, cette ouverture affichée vaut déjà quelque chose.

Pour Célestin Yanindji, «  Ces échanges ont permis de partager des éléments complémentaires d’appréciation de la situation. »  Car la FIFA sait très bien ce qu’elle risque de déclencher si elle durcit le ton. Ses propres statuts lui imposent de sanctionner toute ingérence gouvernementale dans la gestion d’une fédération membre. Les précédents africains ne manquent pas.

Mais Libreville a visiblement réfléchi à cette hypothèse. En se positionnant non comme un État qui s’immisce dans les affaires d’une fédération pour des raisons politiques, mais comme une autorité administrative qui corrige des manquements graves au droit national, le gouvernement gabonais espère esquiver l’accusation d’ingérence. La ligne de défense est claire : ce n’est pas le football que l’on protège d’une fédération mal gérée, c’est la légalité que l’on restaure dans un secteur qui s’en était écarté.

La FIFA doit maintenant trancher. Sa réponse officielle est attendue dans les prochains jours. Elle dira si cet argumentaire a tenu la route, si la distinction entre régulation administrative et ingérence politique a convaincu les juristes de Zürich. Elle dira aussi, en creux, quel avenir s’ouvre pour le football gabonais, entre réforme salutaire et mise au ban internationale.

GuenolePXR

GuenolePXR

Redacteur Medias241

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