Pendant des années, le Gabon figurait parmi les pays pointés du doigt pour leur recul démocratique. En 2026, le pays change de catégorie. Dans son dernier rapport, l’Institut suédois des Variétés de la Démocratie, plus connu sous le nom de V-Dem, retire officiellement le Gabon de la liste des États en déclin démocratique et le classe parmi les rares signaux positifs observés à l’échelle mondiale.
Le constat est suffisamment rare pour être souligné. Alors que la démocratie continue de perdre du terrain dans de nombreuses régions du monde, le Gabon apparaît désormais parmi les quatre « bonnes nouvelles » identifiées par V-Dem, aux côtés du Liban, de l’Île Maurice et de la Corée du Sud. Une reconnaissance internationale qui tranche avec l’image du pays ces dernières années et qui repose sur un élément central : l’organisation des élections de 2025 et la restitution du pouvoir aux autorités civiles à l’issue de la Transition.
Le rapport est sans ambiguïté. Pour les chercheurs de V-Dem, le principal facteur expliquant cette amélioration réside dans le processus politique engagé après les événements du 30 août 2023. En organisant des élections et en respectant l’engagement de retour à un ordre constitutionnel civil, les autorités gabonaises ont posé des actes que l’institut considère comme des marqueurs tangibles de progrès démocratique.
Dans un contexte africain marqué par des trajectoires inverses, la performance du Gabon prend une dimension particulière. Cette année, douze pays d’Afrique subsaharienne sont identifiés comme étant en recul démocratique. Parmi eux figurent le Burkina Faso, le Mali, le Niger ou encore le Togo. Le Gabon, lui, suit le chemin opposé. Là où d’autres transitions prolongent l’incertitude politique, Libreville est créditée d’avoir engagé un processus de normalisation institutionnelle reconnu au-delà de ses frontières.
Cette évolution ne signifie pas pour autant que le pays a rejoint le cercle des démocraties les plus avancées. Avec une 114e place sur 179 États évalués, le Gabon demeure confronté à d’importants défis en matière de gouvernance, de pluralisme politique et de consolidation institutionnelle. Mais l’enjeu du rapport V-Dem n’est pas de décerner un satisfecit. Il est de mesurer une trajectoire. Et sur ce point, la courbe gabonaise s’oriente désormais dans le bon sens.
Le rapport souligne d’ailleurs que les progrès démocratiques restent fragiles. Plusieurs pays ayant connu une amélioration temporaire ont ensuite replongé. Les chercheurs citent notamment le cas de la Zambie, dont les avancées initiales n’ont pas été durablement consolidées. Un avertissement qui vaut également pour le Gabon : sortir du rouge constitue une étape importante, mais certainement pas l’arrivée.
Cette prudence renforce paradoxalement la portée de la reconnaissance accordée au pays. Car si V-Dem choisit de distinguer le Gabon aujourd’hui, ce n’est ni sur la base d’intentions ni de promesses. C’est au regard d’actes politiques jugés suffisamment significatifs pour modifier son classement mondial. Dans un univers où des millions de données sont compilées et analysées chaque année par des centaines d’experts, le changement de statut du Gabon n’est pas une appréciation subjective. C’est une mesure documentée.
Pour le président Brice Clotaire Oligui Nguema, cette évaluation internationale constitue un argument de poids dans le récit de la Transition. Pour le Gabon, elle représente surtout un changement de perception à l’échelle mondiale. Le pays n’est pas encore considéré comme une démocratie pleinement consolidée. Mais pour la première fois depuis de nombreuses années, il est regardé comme un État qui progresse plutôt qu’un État qui recule.
Et dans un monde où la démocratie est aujourd’hui en difficulté sur plusieurs continents, cette distinction vaut déjà bien davantage qu’un simple classement.

