Gabon : derrière la question écrite à l’Assemblée nationale française, les raisons d’une polémique jugée infondée par Libreville
À Paris, une question écrite déposée à l’Assemblée nationale française a relancé les critiques sur la situation politique et sociale au Gabon. Mais à Libreville, les autorités dénoncent une lecture jugée partiale et rappellent qu’il s’agit d’une initiative parlementaire isolée, sans valeur de position officielle de l’État français. Pour le gouvernement gabonais, la polémique repose sur une accumulation d’approximations et de raccourcis qui ne reflètent ni la réalité institutionnelle ni la dynamique de transition en cours. Le texte du député Arnaud Le Gall évoque un prétendu « tournant autoritaire » au Gabon, citant notamment des restrictions de libertés publiques et des tensions sociales. Mais côté gabonais, on insiste sur un point central : la confusion entre débat politique et fonctionnement de l’État de droit. La procédure visant l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze est ainsi présentée comme une affaire strictement judiciaire, ouverte par le parquet dans le cadre de faits financiers présumés, et non comme une persécution politique. Le président de la République s’en serait d’ailleurs publiquement désolidarisé, au nom du principe de séparation des pouvoirs. Autre point de friction : la suspension des réseaux sociaux décidée en février 2026. Les autorités gabonaises rappellent qu’il s’agit d’une mesure administrative prise face à des désordres informationnels majeurs, puis encadrée par une base légale adoptée par le Parlement de transition le 23 juin. Loin d’une restriction arbitraire, Libreville met en avant un processus de régulation assumé, présenté comme une réponse de souveraineté numérique et de protection des populations, notamment les plus jeunes. Sur le plan social, le gouvernement conteste également les chiffres avancés dans la question parlementaire, estimant qu’ils ne reposent sur aucune source officielle vérifiable. Sans nier les difficultés héritées, les autorités mettent en avant plusieurs mesures récentes : lutte contre la vie chère, investissements dans les secteurs de l’eau et de l’électricité, remboursement d’épargnants ou encore réformes structurelles engagées dans le cadre de la transition. Pour Libreville, la lecture alarmiste ne tient pas compte des dynamiques de correction déjà en cours. La dimension économique et minière constitue un autre point central du désaccord. Les critiques portent notamment sur les discussions autour d’une éventuelle prise de participation dans le groupe Eramet. Mais les autorités gabonaises insistent sur une lecture stratégique différente : l’enjeu n’est pas seulement financier, mais industriel et souverain. Le cœur du dossier réside dans la transformation locale du manganèse, notamment à travers des actifs structurants comme Comilog et la Setrag, considérés comme essentiels à la chaîne de valeur nationale. Enfin, concernant les relations avec Paris, Libreville rappelle qu’une question écrite parlementaire ne saurait être assimilée à une position officielle de la diplomatie française. La visite annoncée du président de la transition en juillet 2026 s’inscrit, selon les autorités, dans une logique de dialogue d’État à État, et non dans une logique d’approbation politique. Dans ce cadre, la posture gabonaise consiste à dissocier clairement la coopération stratégique des interprétations politiques internes étrangères. Au final, pour les autorités gabonaises, cette polémique révèle moins une crise diplomatique qu’un décalage d’interprétation. Entre une transition politique qui se veut réformatrice et des lectures externes souvent fragmentées, Libreville entend imposer son récit : celui d’un État en recomposition, engagé dans des réformes structurelles et attaché à sa souveraineté institutionnelle, économique et numérique.
« Un État moderne ne craint pas l’évaluation » : devant l’ONU, le Gabon fait de la gouvernance son nouveau pari
« Un État moderne ne craint pas l’évaluation. » Cette conviction, exprimée par le vice-président du Gouvernement Hermann Immongault, a marqué l’ouverture des travaux du deuxième cycle d’examen de la Convention des Nations Unies contre la corruption. Face aux experts internationaux, les autorités gabonaises ont présenté cette mission comme une opportunité de mesurer les progrès accomplis et de renforcer les fondements d’une gouvernance plus transparente et plus crédible. À l’Hôtel Boulevard de Libreville, le Gabon est entré ce 29 juin dans une nouvelle phase de son engagement international contre la corruption. Jusqu’au 1er juillet, les experts de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), accompagnés de leurs homologues du Tchad et de la Libye, examineront la manière dont le pays applique les dispositions des chapitres II et V de la Convention des Nations Unies contre la corruption, consacrés respectivement aux mesures préventives et au recouvrement des avoirs. Cette mission constitue l’étape la plus visible du deuxième cycle du Mécanisme d’examen de l’application de la Convention. Après une première phase reposant sur l’auto-évaluation réalisée par les autorités gabonaises, les experts internationaux sont désormais appelés à confronter les textes aux réalités du terrain, en échangeant avec les administrations concernées, les institutions nationales et la société civile. Dans son allocution de bienvenue, le point focal national de l’ONUDC, Séraphin Odoumba, a rappelé que cet exercice traduit « l’engagement constant » du Gabon à respecter ses obligations internationales tout en consolidant ses mécanismes de prévention, de détection et de répression de la corruption. Selon lui, le pays aborde cette évaluation « dans un esprit d’ouverture, de responsabilité et de coopération », prêt à mettre en avant les progrès réalisés tout en acceptant les recommandations qui découleront des échanges. En ouvrant officiellement les travaux, le vice-président du Gouvernement, Hermann Immongault, a replacé cette mission dans une perspective plus large. Il a estimé que « la qualité de la gouvernance est devenue l’un des premiers déterminants du développement, de la stabilité des institutions et de la confiance des citoyens », faisant de la lutte contre la corruption non pas une contrainte imposée par les partenaires internationaux, mais une condition essentielle du projet national de développement engagé depuis l’avènement de la Cinquième République. Le responsable gouvernemental a également insisté sur le fait que la corruption dépasse la seule question des détournements de fonds publics. Selon lui, elle fragilise les institutions, freine les investissements, ralentit la croissance économique et nourrit les inégalités. À l’inverse, une gouvernance fondée sur l’intégrité constitue désormais un avantage compétitif pour les États qui souhaitent attirer les investisseurs et renforcer la confiance de leurs partenaires financiers internationaux. L’exercice auquel se soumet aujourd’hui le Gabon s’inscrit dans un processus engagé depuis près de vingt ans. Le pays a adhéré à la Convention des Nations Unies contre la corruption le 1er octobre 2007. Après un premier cycle d’évaluation consacré à l’incrimination des actes de corruption et à la coopération internationale, examiné notamment avec la Sierra Leone et la République démocratique populaire lao, le deuxième cycle met davantage l’accent sur la prévention et la restitution des avoirs issus de la corruption, deux dimensions devenues prioritaires dans la stratégie mondiale de lutte contre ce phénomène. Durant ces trois journées, les experts chercheront ainsi à mesurer non seulement la conformité du cadre juridique gabonais avec les exigences de la Convention, mais également l’effectivité des dispositifs mis en place. Les échanges porteront sur les mécanismes de transparence, les procédures administratives, les politiques de prévention, la coopération institutionnelle ainsi que la capacité des autorités à identifier, geler, saisir et restituer les avoirs provenant d’infractions de corruption. Une séance spécifique réunira également les organisations de la société civile afin d’intégrer leur regard dans l’évaluation globale du pays. Au terme de cette mission, les conclusions et recommandations des experts internationaux devraient permettre au Gabon d’identifier les ajustements nécessaires pour renforcer davantage son dispositif de gouvernance. Dans un contexte où la crédibilité des institutions devient un facteur déterminant de compétitivité et d’attractivité économique, cette évaluation dépasse largement le cadre d’une simple obligation conventionnelle. Elle constitue un indicateur de la volonté du pays d’inscrire durablement la transparence, la responsabilité publique et l’intégrité au cœur de son modèle de gouvernance.
SEEG : contrairement aux rumeurs, aucune arrestation ordonnée par Oligui Nguema, le dispositif sécuritaire visait la rencontre avec les agents
Au moment où la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG) traverse l’une des périodes les plus délicates de son histoire, une nouvelle vague de désinformation est venue brouiller la lecture des événements. Ce lundi 29 juin, plusieurs publications diffusées sur les réseaux sociaux ont affirmé que des responsables de l’entreprise étaient sur le point d’être arrêtés sur instruction du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Une information démentie par les faits. À l’origine de cette rumeur, la présence remarquée de forces de sécurité aux abords du Centre des Métiers Jean Violas d’Owendo, où le chef de l’État a choisi de rencontrer directement les travailleurs de la SEEG. Pour certains internautes, ce déploiement ne pouvait annoncer qu’une opération d’interpellation visant la direction générale de l’entreprise. Une interprétation rapidement relayée sur les plateformes numériques, alimentant les inquiétudes dans un contexte déjà marqué par les tensions consécutives à l’incident informatique survenu à la mi-juin. Selon plusieurs sources concordantes, la réalité est tout autre. Le dispositif sécuritaire mis en place répondait exclusivement aux exigences protocolaires liées au déplacement du président de la République. Aucune opération judiciaire n’était programmée et aucune instruction présidentielle n’a été donnée en vue de procéder à l’arrestation de responsables ou d’agents de la SEEG. Les informations faisant état d’interpellations imminentes sont donc infondées. Cette rencontre intervient d’ailleurs dans un contexte particulier. La veille, le Syndicat national des travailleurs du secteur de l’eau et de l’électricité (SYNTEE+) avait publiquement sollicité un échange direct, franc et sans intermédiaire avec le chef de l’État afin d’évoquer les difficultés auxquelles est confrontée l’entreprise. Le président de la République a répondu favorablement à cet appel en se rendant lui-même au Centre Jean Violas pour écouter les préoccupations des travailleurs. Les discussions ont porté sur la situation globale de la SEEG, confrontée à d’importants défis techniques, financiers et organisationnels. Selon les informations recueillies, les échanges se sont déroulés dans un climat d’écoute, de franchise et d’apaisement, loin de l’atmosphère de tension décrite par certaines publications sur les réseaux sociaux. L’épisode met une nouvelle fois en lumière la vitesse avec laquelle les rumeurs peuvent se propager autour d’un dossier aussi sensible que celui de la SEEG. En quelques heures, une simple présence des forces de l’ordre, pourtant classique lors d’un déplacement présidentiel, s’est transformée en une prétendue opération d’arrestation attribuée au chef de l’État, sans qu’aucun élément factuel ne vienne étayer cette version. Alors que la restructuration de la SEEG suscite de nombreuses attentes et interrogations, cet épisode rappelle la nécessité de distinguer les faits des spéculations. En choisissant le dialogue avec les travailleurs plutôt qu’une communication à distance, Brice Clotaire Oligui Nguema a privilégié une démarche d’écoute directe. Les rumeurs d’arrestations, elles, ne résistent pas à l’examen des faits et apparaissent comme une nouvelle illustration des dérives informationnelles qui entourent désormais chaque étape de ce dossier stratégique.
Lutte contre la corruption : Libreville accueille le lancement du deuxième cycle d’évaluation de la Convention des Nations Unies
Libreville est, depuis ce lundi 29 juin 2026, le théâtre d’un rendez-vous stratégique pour le renforcement de la gouvernance et de la transparence en République gabonaise. Les travaux du Dialogue direct relatif au deuxième cycle du Mécanisme d’examen de l’application de la Convention des Nations Unies contre la corruption ont officiellement débuté à l’Hôtel Boulevard, où experts nationaux et internationaux sont réunis pour trois jours d’échanges. Organisée sous l’égide de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), cette rencontre constitue une étape majeure dans le processus d’évaluation des efforts entrepris par le Gabon pour mettre en œuvre les dispositions de la Convention des Nations Unies contre la corruption. Les travaux, qui se poursuivront jusqu’au 1er juillet, mobilisent des représentants des administrations publiques, des institutions nationales ainsi que des experts internationaux chargés de conduire cet exercice d’examen. L’objectif est d’évaluer les mécanismes mis en place par le Gabon en matière de prévention de la corruption, de répression des infractions liées à ce phénomène et de coopération internationale, tout en identifiant les bonnes pratiques et les axes d’amélioration susceptibles de renforcer le dispositif national de lutte contre la corruption. Au-delà des échanges techniques entre les différentes administrations, le processus accorde également une place importante à la participation de la société civile. Une séance de travail à huis clos est ainsi prévue le mardi 30 juin à l’Hôtel Boulevard entre les experts examinateurs de l’ONUDC, les délégations d’évaluation du Tchad et de la Libye, ainsi que les organisations de la société civile gabonaise. Cette rencontre permettra aux associations et organisations non gouvernementales légalement constituées, engagées dans la promotion de la bonne gouvernance, de la transparence, de la redevabilité et de la lutte contre la corruption, de partager leurs observations et leurs contributions sur la réalité du terrain. À travers cet exercice d’évaluation internationale, le Gabon réaffirme sa volonté de poursuivre le renforcement de son dispositif institutionnel en matière de gouvernance publique, dans un contexte où la lutte contre la corruption demeure un enjeu majeur pour la consolidation de l’État de droit, l’amélioration du climat des affaires et le renforcement de la confiance des citoyens envers les institutions. Les conclusions de cette mission devraient contribuer à orienter les futures réformes destinées à améliorer l’efficacité des politiques publiques de prévention et de répression de la corruption.
Gabon: Après 40 ans d’attente, la Marine marchande enfin dotée de son propre siège
Quarante ans après sa création, la Direction générale de la Marine marchande tourne une page de son histoire. Longtemps dépourvue de patrimoine immobilier propre, cette administration stratégique du ministère des Transports dispose désormais d’un siège administratif, inauguré ce vendredi par le ministre d’État chargé des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi. Un symbole fort de la volonté des autorités gabonaises de renforcer les capacités de l’administration publique et de moderniser un secteur clé de l’économie nationale. Au-delà de la cérémonie protocolaire, cette inauguration revêt une portée institutionnelle. Pour la première fois depuis sa création il y a quatre décennies, la Direction générale de la Marine marchande bénéficie d’infrastructures lui appartenant, mettant fin à une situation qui contrastait avec l’importance croissante des enjeux liés au transport maritime, à la sécurité des eaux territoriales et au développement de la logistique nationale. Cette acquisition traduit l’ambition affichée par les pouvoirs publics de doter les administrations des moyens matériels nécessaires à l’exercice efficace de leurs missions. Dans un contexte où le Gabon entend renforcer son attractivité économique et améliorer la performance de ses services publics, la modernisation des infrastructures administratives apparaît comme l’un des leviers de transformation de l’action de l’État. La cérémonie a également été marquée par un hommage rendu aux femmes et aux hommes qui ont contribué à l’essor de l’administration maritime gabonaise. Plusieurs agents et anciens responsables ont reçu des distinctions honorifiques en reconnaissance de leur engagement au service de l’État. Parmi eux figuraient l’actuelle Directrice générale de la Marine marchande, Frédérique Avome épouse Guevit, ainsi que son prédécesseur, Cruz Lessagui, dont l’implication a été saluée pour avoir permis l’aboutissement de ce projet structurant. Les différentes interventions ont insisté sur la dimension stratégique de cette réalisation. Représentant le maire de Libreville, le cinquième adjoint chargé des Transports a estimé que ce nouveau siège illustre la volonté des pouvoirs publics de moderniser les infrastructures administratives et d’offrir aux services de l’État des outils adaptés à leurs responsabilités. Prenant la parole, la Directrice générale de la Marine marchande a exprimé sa reconnaissance envers les plus hautes autorités du pays pour leur soutien au développement du secteur maritime. Elle a réaffirmé l’engagement de ses équipes à poursuivre les réformes destinées à améliorer les performances de cette administration appelée à jouer un rôle central dans la sécurisation et la régulation des activités maritimes et fluviales. Clôturant la cérémonie, le ministre d’État Ulrich Manfoumbi Manfoumbi a réaffirmé son engagement à accompagner l’ensemble des administrations placées sous sa tutelle. « Vous trouverez toujours en moi une oreille attentive à vos préoccupations. Je fais miennes chacune d’entre elles et soyez assurés que le Gouvernement, sous la très haute autorité du Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Son Excellence Monsieur Brice Clotaire Oligui Nguema, poursuivra ses efforts en faveur de la modernisation de nos administrations publiques et de l’amélioration des conditions de travail des agents de l’État », a-t-il déclaré. L’événement s’est achevé par la remise officielle de véhicules destinés aux stations maritimes du pays. Cette dotation vise à renforcer les capacités opérationnelles des services chargés du contrôle, de la surveillance et de la sécurisation des espaces maritimes et fluviaux, leur permettant d’assurer plus efficacement leurs missions régaliennes sur l’ensemble du territoire. À travers cette double initiative — la mise à disposition d’un siège administratif moderne et le renforcement des moyens logistiques — les autorités gabonaises affichent leur volonté de repositionner la Marine marchande comme un acteur majeur de la politique nationale des transports. Un signal qui traduit une stratégie plus large de modernisation de l’administration publique, portée par le président Brice Clotaire Oligui Nguema, avec l’ambition d’améliorer durablement la qualité du service rendu aux citoyens et de soutenir le développement économique du pays.
Plus question de laisser les équipements se dégrader » : Ulrich Manfoumbi lance la chasse au gaspillage dans les transports
Le temps des inaugurations cède progressivement la place à celui de l’évaluation. À l’heure où le deuxième gouvernement de la Ve République dresse le bilan de ses cent premiers jours d’action, le ministre d’État en charge des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a choisi le terrain pour mesurer l’état réel des infrastructures stratégiques relevant de son département. Une tournée d’inspection qui s’inscrit dans une logique de contrôle de l’exécution des engagements gouvernementaux, mais aussi de rappel à l’ordre sur la nécessité de préserver les investissements publics. De Michel Marine à la Direction générale des Transports terrestres, en passant par la Direction générale de la Météorologie, le ministre d’État a multiplié les visites afin de constater l’avancement des projets engagés dans le cadre de la politique de modernisation impulsée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema. Au-delà des discours, cette mission visait à vérifier que les réalisations annoncées se traduisent effectivement sur le terrain. La première étape a conduit la délégation ministérielle sur le site de Michel Marine, où trois nouvelles embarcations destinées aux stations maritimes d’Omboué, Kango et Cocobeach ont été inspectées. Équipées des dernières technologies de navigation, notamment de GPS, de radars, de sondeurs, de gyrocompas et de cartes électroniques, ces unités doivent renforcer les capacités de surveillance et de sécurisation des espaces maritimes et fluviaux du pays. Mais c’est surtout le message délivré par Ulrich Manfoumbi Manfoumbi qui a retenu l’attention. Le ministre a insisté sur la nécessité de rompre avec une pratique longtemps dénoncée dans l’administration gabonaise : l’absence de maintenance des équipements publics. Selon lui, les importants investissements consentis par l’État n’auront de sens que si une véritable culture de l’entretien est instaurée afin d’éviter la dégradation prématurée des infrastructures et du matériel acquis sur fonds publics. La mission s’est ensuite poursuivie à la Direction générale de la Météorologie, où le ministre a découvert la nouvelle station météorologique de dernière génération récemment mise en service. Grâce à des systèmes redondants assurant une continuité permanente du service, cette infrastructure permet désormais une collecte et une analyse beaucoup plus fines des données climatiques, avec notamment un suivi en temps réel des orages et des impacts de foudre. Pour les autorités, cette montée en puissance technologique représente un levier important pour améliorer la qualité des services météorologiques fournis aux administrations, aux opérateurs économiques et aux populations. Le dispositif est d’autant plus stratégique qu’il s’accompagne d’un important effort de renforcement des compétences. Vingt agents de la Direction générale de la Météorologie ont récemment été formés aux côtés de trente spécialistes de l’Agence pour la sécurité de la navigation aérienne en Afrique et à Madagascar (ASECNA), afin d’assurer une exploitation optimale de ces nouveaux équipements conformément aux standards internationaux. Au cours de cette visite, le ministre d’État a également inspecté les travaux de réhabilitation des bâtiments administratifs de la Direction générale de la Météorologie. Une manière de rappeler que la modernisation ne se limite pas aux équipements techniques, mais passe également par l’amélioration des conditions de travail des agents publics, considérées comme un facteur essentiel d’efficacité administrative. La tournée s’est achevée à la Direction générale des Transports terrestres, où les travaux de réhabilitation engagés ont également fait l’objet d’une évaluation. À cette occasion, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi a annoncé que la prochaine étape consistera à renforcer les équipements de travail dans l’ensemble des directions générales et centres nationaux placés sous la tutelle de son ministère, afin que les agents disposent des moyens nécessaires pour accomplir efficacement leurs missions. À travers cette série d’inspections, le gouvernement entend démontrer que la transformation de l’administration ne se résume plus à des annonces, mais repose désormais sur un suivi permanent des investissements, une exigence accrue de maintenance des équipements publics et une culture de résultats. Une orientation qui pourrait devenir l’un des principaux marqueurs de l’action gouvernementale au cours des prochains mois.
Drépanocytose : le Centre Diagnostic de Libreville, le CNTS et la Fondation Louise misent sur la prévention pour changer la donne
Longtemps cantonnée aux services hospitaliers, la lutte contre la drépanocytose amorce un tournant au Gabon. Face à une maladie génétique qui touche des milliers de familles et demeure l’un des principaux défis de santé publique en Afrique, trois institutions ont décidé de conjuguer leurs expertises pour déplacer le combat en amont : prévenir avant de soigner. C’est dans cette logique que le Centre Diagnostic de Libreville (CDL), la Fondation Louise et le Centre National de Transfusion Sanguine (CNTS) ont officialisé, le 25 juin à Libreville, une alliance stratégique destinée à renforcer la prévention, le dépistage et la prise en charge de la drépanocytose. Une initiative qui traduit un changement de paradigme : faire de la connaissance de son statut drépanocytaire un réflexe aussi naturel que celui de connaître son groupe sanguin. Les chiffres rappelés à l’occasion de cette annonce illustrent l’ampleur du défi. Selon les données scientifiques présentées par les partenaires, près d’un Gabonais sur quatre serait porteur du gène de la drépanocytose, tandis qu’environ 2 % de la population vivrait avec la forme sévère de la maladie. Pourtant, une grande partie des personnes concernées ignore encore son statut, retardant ainsi les décisions de prévention, le conseil génétique et l’accès à une prise en charge adaptée. Pour les initiateurs du projet, la réponse passe désormais par un dépistage précoce, accessible et de proximité. En quelques minutes, un test rapide permet aujourd’hui de connaître son statut et d’orienter des choix de vie susceptibles d’éviter de nombreuses situations dramatiques. La prévention devient ainsi la première ligne de défense contre une pathologie qui continue de peser lourdement sur le système de santé et sur les familles. Cette alliance repose sur une répartition claire des rôles. La Fondation Louise assurera les campagnes de sensibilisation, l’éducation thérapeutique et la coordination des actions de prévention. Le Centre National de Transfusion Sanguine intensifiera les campagnes de collecte de sang, ressource indispensable pour la prise en charge des patients drépanocytaires. Quant au Centre Diagnostic de Libreville, il mettra à contribution son unité médicale mobile afin de proposer des dépistages rapides, confidentiels et sécurisés au plus près des populations. Au-delà des institutions sanitaires, les entreprises sont appelées à devenir des acteurs de cette politique de prévention. À travers le lancement des Journées Solidaires Drépanocytose, les trois partenaires proposent aux employeurs d’accueillir directement sur leurs sites des conférences de sensibilisation, des opérations de dépistage et des campagnes de don de sang. L’ambition est également sociale : chaque entreprise engagée contribuera au financement de campagnes gratuites destinées aux populations les plus vulnérables, transformant ainsi la responsabilité sociétale en véritable outil de santé publique. Pour Joris-Loyce Olympio Fanguinoveny, directeur général du Centre Diagnostic de Libreville, cette initiative illustre une nouvelle conception de la médecine. « La médecine moderne ne consiste plus uniquement à soigner les maladies. Elle consiste à empêcher qu’elles ne bouleversent des vies. Avec cette alliance, nous faisons le choix d’aller vers les populations plutôt que d’attendre qu’elles viennent à nous », a-t-il déclaré, plaidant pour une médecine de proximité, plus humaine et davantage tournée vers l’anticipation. Même ambition du côté de Vanessa Adande, présidente de la Fondation Louise, qui souhaite inscrire durablement la prévention dans les habitudes des Gabonais. Selon elle, chaque citoyen devrait connaître son statut drépanocytaire avec la même évidence que son groupe sanguin, afin de protéger les générations futures et de réduire les conséquences de cette maladie héréditaire. À travers cette alliance, les trois partenaires affichent une ambition qui dépasse le seul lancement d’un programme de santé. Leur objectif est de faire du Gabon une référence régionale en matière de prévention, de dépistage et de prise en charge de la drépanocytose. Un chantier qui ne fait que commencer et qui appelle désormais les entreprises, les collectivités, les établissements scolaires, les universités et l’ensemble de la société civile à participer à une mobilisation nationale contre une maladie qui, malgré les progrès médicaux, reste encore trop souvent diagnostiquée tardivement.
Fin de la SEEG: Pourquoi le gouvernement acte sa scission pour tourner la page des coupures d’eau et d’électricité
Moins de deux semaines après son discours sur l’état de la Nation, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, transforme ses engagements en décisions concrètes. Réuni en Conseil des ministres ce jeudi 25 juin, le gouvernement a adopté deux projets de loi qui entérinent l’une des réformes les plus importantes du secteur des services publics depuis plusieurs décennies : la scission de la Société d’Énergie et d’Eau du Gabon (SEEG). Une décision motivée par la volonté d’en finir avec les dysfonctionnements chroniques qui affectent l’accès à l’eau potable et à l’électricité et de bâtir un modèle de gestion plus performant. La réforme repose sur un principe simple : séparer deux secteurs stratégiques dont les enjeux, les investissements et les contraintes opérationnelles diffèrent profondément. La SEEG laissera ainsi place à deux nouvelles sociétés d’économie mixte. La Gabonaise des Eaux sera exclusivement chargée de la production, du transport, de la distribution et de la commercialisation de l’eau potable. De son côté, Électricité du Gabon concentrera ses efforts sur la production, le transport et la distribution de l’énergie électrique ainsi que sur le développement des infrastructures nécessaires à la sécurisation de l’approvisionnement du pays. Cette réorganisation répond directement aux engagements formulés par le chef de l’État devant la Nation le 15 juin dernier. Face aux coupures répétées d’électricité, aux pénuries d’eau et aux difficultés rencontrées quotidiennement par les populations, Brice Clotaire Oligui Nguema avait annoncé une restructuration profonde du secteur afin de rompre avec les insuffisances du modèle actuel. Le Conseil des ministres vient ainsi donner une traduction législative à cette ambition présidentielle. Au-delà du changement institutionnel, l’objectif affiché est de permettre à chaque opérateur de se consacrer entièrement à son cœur de métier. Les autorités estiment qu’une gestion spécialisée favorisera une meilleure planification des investissements, une maintenance plus efficace des infrastructures et une amélioration durable de la qualité des services rendus aux usagers. En dissociant les activités de l’eau et de l’électricité, le gouvernement entend également renforcer la gouvernance, améliorer le suivi des performances et accélérer la prise de décision. Pour les ménages gabonais, cette réforme nourrit surtout l’espoir d’une amélioration concrète du quotidien. L’accès continu à l’eau potable et à une électricité fiable constitue depuis plusieurs années l’une des principales attentes des populations, confrontées à des interruptions récurrentes qui affectent aussi bien la vie des familles que le fonctionnement des entreprises, des écoles et des établissements de santé. La création de La Gabonaise des Eaux et d’Électricité du Gabon marque ainsi le début d’une nouvelle architecture des services publics essentiels. Plus qu’un simple changement de dénomination, le gouvernement présente cette réforme comme un levier destiné à garantir la continuité des services, moderniser les infrastructures et rapprocher le pays de l’objectif d’un accès universel à l’eau et à l’électricité. Reste désormais à traduire cette nouvelle organisation en résultats tangibles, là où les Gabonais les attendent le plus : au robinet et à l’interrupteur.
Après sa mise à l’écart de l’opposition pour avoir dialogué avec le pouvoir, Annie-Léa Meye retrouve les affaires à la tête du Conseil d’administration de l’EPCA
Longtemps identifiée comme l’une des voix les plus affirmées de l’opposition gabonaise, Annie-Léa Meye signe un retour remarqué dans les sphères institutionnelles. Le Conseil des ministres l’a désignée présidente du Conseil d’administration de l’École de Préparation aux Carrières Administratives (EPCA), une nomination qui marque une nouvelle étape dans le repositionnement d’une personnalité politique dont le parcours a récemment connu d’importants bouleversements. Cette désignation intervient plusieurs mois après son exclusion d’Ensemble pour le Gabon, la plateforme politique conduite par Alain-Claude Bilie-By-Nze. À l’origine de cette rupture, sa participation à une rencontre convoquée par le président de la République réunissant l’ensemble des acteurs politiques du pays. Un choix assumé par Annie-Léa Meye au nom du dialogue national, mais qui lui avait valu d’être mise à l’écart par sa famille politique, laquelle y voyait une entorse à la ligne de l’opposition. Aujourd’hui, celle qui fut l’une des figures les plus combatives du débat public retrouve une responsabilité d’envergure au sein de l’appareil de l’État. À la présidence du Conseil d’administration de l’EPCA, elle aura pour mission de participer aux grandes orientations stratégiques de l’établissement chargé de former les hauts cadres de l’administration gabonaise. Une fonction qui, sans être exécutive, demeure essentielle dans la gouvernance de cette institution clé. Le choix d’Annie-Léa Meye n’est pas dénué de cohérence au regard de son parcours. Enseignante d’histoire-géographie de formation et de profession, elle renoue avec l’univers de l’enseignement, cette fois sous un angle administratif et stratégique. Son expérience dans les institutions publiques, notamment en qualité d’ancienne première questeure du Conseil économique, social et environnemental, constitue également un atout dans l’exercice de ses nouvelles responsabilités. Femme de caractère, Annie-Léa Meye s’est forgé une réputation de personnalité au verbe franc et aux positions assumées. Son engagement politique, souvent marqué par des prises de position sans concession, lui a permis de s’imposer comme l’une des figures féminines les plus visibles de l’opposition durant les dernières années. Sa nomination pourrait ainsi être interprétée comme le signe d’une volonté des autorités d’intégrer des profils issus d’horizons politiques divers dans les institutions de la République. Au-delà du cas personnel d’Annie-Léa Meye, cette désignation illustre les recompositions politiques qui traversent le Gabon depuis la transition. Les lignes de fracture traditionnelles entre majorité et opposition semblent progressivement céder la place à une logique davantage fondée sur les compétences et la participation à la reconstruction institutionnelle. Une évolution dont cette nomination constitue, à bien des égards, l’une des illustrations les plus symboliques.
Élections de 2025, retour au pouvoir civil : pourquoi le Gabon est sorti de la « liste rouge » mondiale de la démocratie
Pendant des années, le Gabon figurait parmi les pays pointés du doigt pour leur recul démocratique. En 2026, le pays change de catégorie. Dans son dernier rapport, l’Institut suédois des Variétés de la Démocratie, plus connu sous le nom de V-Dem, retire officiellement le Gabon de la liste des États en déclin démocratique et le classe parmi les rares signaux positifs observés à l’échelle mondiale. Le constat est suffisamment rare pour être souligné. Alors que la démocratie continue de perdre du terrain dans de nombreuses régions du monde, le Gabon apparaît désormais parmi les quatre « bonnes nouvelles » identifiées par V-Dem, aux côtés du Liban, de l’Île Maurice et de la Corée du Sud. Une reconnaissance internationale qui tranche avec l’image du pays ces dernières années et qui repose sur un élément central : l’organisation des élections de 2025 et la restitution du pouvoir aux autorités civiles à l’issue de la Transition. Le rapport est sans ambiguïté. Pour les chercheurs de V-Dem, le principal facteur expliquant cette amélioration réside dans le processus politique engagé après les événements du 30 août 2023. En organisant des élections et en respectant l’engagement de retour à un ordre constitutionnel civil, les autorités gabonaises ont posé des actes que l’institut considère comme des marqueurs tangibles de progrès démocratique. Dans un contexte africain marqué par des trajectoires inverses, la performance du Gabon prend une dimension particulière. Cette année, douze pays d’Afrique subsaharienne sont identifiés comme étant en recul démocratique. Parmi eux figurent le Burkina Faso, le Mali, le Niger ou encore le Togo. Le Gabon, lui, suit le chemin opposé. Là où d’autres transitions prolongent l’incertitude politique, Libreville est créditée d’avoir engagé un processus de normalisation institutionnelle reconnu au-delà de ses frontières. Cette évolution ne signifie pas pour autant que le pays a rejoint le cercle des démocraties les plus avancées. Avec une 114e place sur 179 États évalués, le Gabon demeure confronté à d’importants défis en matière de gouvernance, de pluralisme politique et de consolidation institutionnelle. Mais l’enjeu du rapport V-Dem n’est pas de décerner un satisfecit. Il est de mesurer une trajectoire. Et sur ce point, la courbe gabonaise s’oriente désormais dans le bon sens. Le rapport souligne d’ailleurs que les progrès démocratiques restent fragiles. Plusieurs pays ayant connu une amélioration temporaire ont ensuite replongé. Les chercheurs citent notamment le cas de la Zambie, dont les avancées initiales n’ont pas été durablement consolidées. Un avertissement qui vaut également pour le Gabon : sortir du rouge constitue une étape importante, mais certainement pas l’arrivée. Cette prudence renforce paradoxalement la portée de la reconnaissance accordée au pays. Car si V-Dem choisit de distinguer le Gabon aujourd’hui, ce n’est ni sur la base d’intentions ni de promesses. C’est au regard d’actes politiques jugés suffisamment significatifs pour modifier son classement mondial. Dans un univers où des millions de données sont compilées et analysées chaque année par des centaines d’experts, le changement de statut du Gabon n’est pas une appréciation subjective. C’est une mesure documentée. Pour le président Brice Clotaire Oligui Nguema, cette évaluation internationale constitue un argument de poids dans le récit de la Transition. Pour le Gabon, elle représente surtout un changement de perception à l’échelle mondiale. Le pays n’est pas encore considéré comme une démocratie pleinement consolidée. Mais pour la première fois depuis de nombreuses années, il est regardé comme un État qui progresse plutôt qu’un État qui recule. Et dans un monde où la démocratie est aujourd’hui en difficulté sur plusieurs continents, cette distinction vaut déjà bien davantage qu’un simple classement.